What works for women at work, de Joan Williams et Rachel Dempsey

Au fil de mes pérégrinations sur la toile, j’ai lu un article quelque part sur le livre « What works for women at work » de Joan C. Williams et sa fille Rachel Dempsey. Et puis je suis tombée sur ce court podcast dans lequel les deux auteures discutent de leur ouvrage sur la radio NPR (US). Je les ai trouvées super et ça m’a donné envie de le lire, alors en attendant de trouver le temps (=dans 10 ans) je vous rapporte ce que j’en ai entendu.

What works for Women at Work : un guide de survie en milieu professionnel sexiste?

What works for women at work (WWfWaW) est un peu présenté comme un anti-Lean In (le best-seller de Sheryl Sandberg), qui est souvent décrié pour la façon dont il s’adresse à une minorité de femmes (blanches) privilegiées, sans fournir d’analyse critique des biais de genre en milieu professionnel, avec des conseils individualistes pour un succès au coeur des sphères de pouvoir (je résume seulement les critiques que j’ai lues, je n’ai pas lu le livre. P. l’a trouvé super motivant). Bref, WWfWaW se veut plus inclusif, et plus général. Il a été rédigé suite à une série d’entretiens avec un grand nombre de femmes de toutes les couleurs et de tous les âges en se basant sur les études sociologiques disponibles sur le sujet. Les auteures dégagent donc les quatre grands « motifs » de biais de genre que les femmes ont à affronter en milieu professionnel, et prodiguent des conseils pratiques pour les reconnaître et y faire face. 

Brièvement, on trouve donc le « Prouve-le encore une fois » (prove it again). Il s’agit du fait que les femmes doivent apporter plus de preuves de leurs réussites pour être jugées aussi compétentes qu’un homme de niveau équivalent. Parallèlement, la tendance est à remarquer plutôt les succès des hommes et les échecs des femmes. Le second motif est celui de la « corde raide » (tight rope), que je traduirais peut-être par « le numéro d’équilibriste » : la féminité n’est pas associée à l’image que l’on se fait du succès. Pour les femmes, il s’agit donc de naviguer en permanence entre « trop féminine » donc incompétente, et « trop masculine », donc aggressive. On parle ici du physique (tenue, maquillage, coupe de cheveux), mais aussi de l’attitude. Vient ensuite le « mur maternel » (maternal wall) : celui-là, pas besoin de l’expliquer, on voit tou-te-s de quoi il s’agit : les biais de genre et discriminations directement déclenchés par la maternité, ou la perspective de maternité. Et enfin, le tug-of-war, que je ne sais pas vraiment comment traduire (reverso dit : tir à la corde/lutte sans merçi : vous comprenez l’idée), se retrouve lorsque les femmes entre elles commencent à se tirer dans les pattes, en particulier lorsque l’une enfonce les autres pour assurer sa propre réussite. Ici les deux auteures font remarquer que si l’on présente souvent ces femmes comme ayant un problème personnel de caractère, il s’agit en fait d’un comportement révélateur d’un milieu sexiste, disons un symptôme du milieu, plutôt que d’un syndrôme de femme. 

Pour le petit commentaire scientifico-centriste, je dirais qu’en milieu académique, on est peut être un peu moins touchées par le numéro d’équilibriste, mais les trois autres motifs restent tout à fait valides. J’ai tellement integré le prove-it-again qu’il faut sans cesse que je me le prove again à moi-même, le maternal wall est l’un des grands sujets de ce blog (voir par exemple ici et ), et j’ai plusieurs fois entendu des récits de femmes chercheuses « encore plus vaches avec les nanas ». Le raisonnement sous-jacent étant que comme elles en ont bavé pour arriver là, il n’y pas de raison que les autres femmes n’en bavent pas autant voir plus. Ce qui, sans le justifier ou l’excuser, colle parfaitement avec l’idée que ce comportement est lié au sexisme du milieu.

Pour en revenir au livre et au podcast, mis à part un exemple, qui est, pour le « Prove it again », de tenir les comptes de ses succès et de former des alliances pour rappeler résultats des unes et des autres en cas de besoin, les solutions pour répondre à chacune de ces menaces sexistes n’ont pas été beaucoup détaillées dans l’émission… Je suppose qu’il nous reste à lire le livre! La suite de la discussion reste cependant très intéressante, et je vous encourage à écouter le podcast en entier si vous êtes à l’aise en anglais (sinon l’entretien est entièrement retranscris en dessous).

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