Sortir les sens du placard

L’intuition féminine, entre la maison et la vitrine…
 

Le domaine scientifique, le plus « cartésien » de tous, est il aussi l’un des plus ..masculin ? Par là je ne veux pas dire… peuplé d’hommes. Le domaine artistique est aussi très masculin, comme tout domaine traversé de personnages publics et paré de prestige. Le domaine scientifique peut être considéré comme particulièrement masculin, oui, plus que d’autres, parce que les objets, faits, pratiques scientifiques se fabriquent en mettant de côté tout ce qui touche à la « sensibilité ».

En effet la pratique scientifique – à l’exception faite de quelques disciplines qualifiées de molles, comme l’histoire et l’ethnologie – rejette tout ce qui nous vient directement par les sens, autrement dit par le corps, ou en tout cas bricole pour faire avec, en le passant sous silence. Tout cela est biaisé (c’est le mot qu’on employe) et doit être filtré par une somme de procédures et d’appareils.

La sensibilité, part féminine de l’être ? La modernité cartésienne, qui a donné naissance aux sciences telles que nous les pratiquons aujourd’hui, a en se construisant, poussé aux orties (ou plutôt, dans les maisons et les vitrines) toutes les qualités qualifiées de féminines. Le corps (féminin) à ainsi été soumis par l’esprit (masculin), l’intuition (féminine) par la raison (masculine). Mais y-a-t-il un esprit sans corps, une raison sans intuition ? Ce dualisme asymétrique construit une pensée bancale, handicapée, qui avance à cloche pied.

Le corps nié (tapi dans l’ombre) est remplacé par la machine. A « l’animal machine » cher à Descartes, répond donc le chercheur mécaniste. D’abord mécanicien les premiers temps, encore artisan, et de plus en plus depuis quelques temps…travailleur à la chaine. Les procédures standard et la spécialisation des tâches stérilisent la pensée. Nous tendons à être des cerveaux en bocaux branchés sur des chaines de montage. En avez-vous envie ?

Quant à moi, qui suis une femme – mais surtout, une personne, qui estime que la pensée passe aussi par les sens, et par le corps, comment me faire entendre ? Je marche vers la limite. J’adopte l’une des seules positions (très marginales) qui me permet d’exprimer quand même, en toute légitimé, cette sensibilité (qu’en tant que femme j’ai eu la chance de pouvoir conserver, bien vivante, en mon sein) tout en participant au progrès collectif des connaissances, et tout en conservant un accès à la parole publique. Et ça n’est certes pas facile. Mais je ne quitte pas l’arène.

Y. (Un premier essai, à poursuivre ! )

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