Quelques pas vers la parité

De pourcentages en histogrammes, quelques clics de souris nous donnent à voir la situation des femmes aux postes d’enseignants chercheurs dans les universités Françaises. C’est la CP CNU (Commission permanente du Conseil national des universités) qui nous propose ces chiffres dans son rapport annuel. Bonne nouvelle, ça progresse. De 1992 à 2012, on a en effet pris dix points ! Autrement dit, c’est la croissance ! Hourra ! Fini la crise ! (oups, les chroniques boursières du matin à la radio ont dû m’affecter un poil)

Capture2

Evolution de la proportion de femmes aux postes d’enseignants chercheurs dans les universités françaises de 1992 à 2012 (CP-CNU)

Il y a donc (roulement de tambour) 36 % de femmes chez les enseignants-chercheurs. Néanmoins ce chiffre mérite d’être nuancé en suivant le parcours de la progression de carrière dans le domaine. Si dans le privé on parle en « junior » et « senior » et en Kilo euro de salaire, chez les chercheurs en France on parle de grade. Un peu comme à l’armée. Donc en gros, si on revient à nos histogrammes, quand on monte en grade, on perd des femmes : elles sont 43% chez les Maitres de conférence (MCF) et 23% seulement chez les professeurs (PR). Et si on distingue au sein des profs en fonction des classes, ça continue à chuter, de 30% dans la plus basse à 10% dans la plus haute catégorie.

Capture3

Pourcentage d’hommes (en bleu) et de femmes (en rouge) chez les PR

Aller, un dernier petit graphe : il distingue en fonction des « sections » qui correspondent à différentes matières ou disciplines. Certaines disciplines sont en effet plus féminisées que d’autres. La section 25 (mathématiques) accueille par exemple un peu moins de 20% de femmes à l’entrée, tandis qu’en sciences de la gestion (section 08) on est plutôt à 60%. Alors, y-a-t-il des exceptions ? Et bien non, même tendance partout : le « sex-ratio » se déplace du côté masculin quand on passe de MCF à PR, quelle que soit la discipline… (dans le graphe ci dessous on a : en bas les MCF, en haut les prof, entre les deux, le cercle bleu s’élargit et le rouge rétrécit, ce qui veut dire que les hommes deviennent plus nombreux quelle que soit la section. Pour reprendre les exemples précédents, on tombe à 7% de femmes prof chez les matheux, et 40% en gestion).

Capture

Proportion de femmes (en rouge) et d’hommes (en bleu) en fonction des sections

Quelques pas vers la parité, quoi. On se retrouve dans vingt ans pour le prochain épisode 😉

(source : Assemblée plénière Comité National 11juin 2014 L’emploi dans l’ESR du point de vue CP-­CNU, Dominique Faudot Présidente de la CP-­CNU)

6 réflexions au sujet de « Quelques pas vers la parité »

  1. Mmmm… je devrais sans doute lire le rapport avant de commenter, mais il me semble que chez les enseignants-chercheurs l’effet grade est complètement confondu avec l’effet âge, non ? Du coup, je ne pense pas que le fait que le SR soit plus mâle-biaisé chez les PR que chez les MCF reflète un blocage pour l’accès des femmes aux grades « supérieurs », mais plutôt la conséquence d’un SR fortement biaisé dès les grades « inférieurs » dans les générations précédentes… Je n’irais pas jusqu’à prétendre qu’il y a une parfaite égalité des chances entre hommes et femmes pour l’accès aux postes de PR, mais une fois n’est pas coutume, je trouve réellement encourageant de voir 43% de femmes parmi les MCF. En effet, revenons voir dans quelques années si ces 43% de MCF femmes se sont convertis en 43% de PR femmes !

    • Salut ! Merci pour ce chaleureux commentaire ! Je suis d’accord avec ta remarque. Le fait que les courbes de progression des deux catégories soient plutôt parallèles plaide pour ton interprétation ? Néanmoins, je ne pense pas que ça suffise à expliquer cette chute du pourcentage de femmes entre grades. Il faudrait les chiffres que je n’ai pas sous la main pour vérifier, mais je propose seulement l’idée : pour passer de MCF à PR on passe…un concours ! Et pour passer de PR 2 à PR 1 à PR exceptionnel…aussi. Ou tout au moins présenter un dossier. certes c’est corrélé à l’âge mais c’est aussi sélectif. Cela donne pas mal de chance à l’entonnoir de poursuivre son travail de tri sex-biaisé ? Affaire à suivre en effet :) Yvonne.

  2. noelle
    les chiffres sont plus difficiles à trouver pour les MCF mais pour le CNRS chez les chercheurs le SR est à peu près stable parmi les embauchés depuis bien longtemps et il n’y a pas d’effet d’âge. Au contraire la part des femmes parmi les CR recrutés tend plutôt à baisser, avec une baisse marquée en 2013.
    Il est donc très net que pour tout un tas de raisons les femmes chercheurs réussissent moins à passer DR.

    • Merci pour vos retours ! Je me faisais un peu l’avocat du diable parce que le facteur âge me semblait vraiment important à prendre en compte… Cela dit, je suis tout à fait portée à croire qu’il existe toujours un biais dans le recrutement. Simplement, j’ai tendance à penser que c’est moins dû à un sexisme « direct » au moment du recrutement (i.e. autant de femmes que d’hommes se présentent aux concours mais les hommes sont plus souvent recrutés) qu’à un sexisme « indirect » dans l’évolution de carrière (les femmes se présentent moins aux concours des grades PR ou DR au CNRS parce qu’elles sont moins encouragées à le faire/parce qu’elles sont plus freinées que les hommes par l’éducation des enfants qui leur échoit encore largement/etc.). Si à compétences égales les femmes sont en moyenne moins recrutées que les hommes lorsqu’elles se présentent, alors c’est qu’on est encore plus arriérés que je ne le pense… La précision « à compétences égales » est importante : si dans les premières années de carrière on fait moins confiance aux femmes pour porter des projets, représenter leurs collègues, diriger des équipes, alors ce déficit de responsabilités (sens large) peut faire la différence le jour où elles passent un concours PR ou DR. Ce n’est qu’une impression personnelle mais j’ai peur que ce dernier point, plus insidieux, soit assez vrai. Sans parler de l’assurance et la capacité à se vendre. Bref, question complexe, il y a beaucoup à dire et à creuser derrière ces chiffres et ces courbes ! Je suis sûre qu’on doit pouvoir modéliser tout ça et tester les hypothèses… (l’instant boulot-geek…)

      • Par ailleurs, je serais assez curieuse de comparer les stats relatives aux EC universitaires et celles relatives aux chercheurs CNRS. Je soupçonne une situation plus inégalitaire parmi les chercheurs CNRS (liée à l’espèce de postulat tacite – et absurde – qu’il est plus brillant d’être chercheur qu’enseignant-chercheur), même si une fois de plus ce n’est qu’un point de vue personnel pas du tout étayé.

        • Je n’ai plus les chiffres sous la main mais ce n’est pas le cas. Même si on a l’impression qu’il est plus facile de passer prof que DR, le CNRS est en fait plus « égalitaire » que l’Université du point de vue carrière. Cependant il y a la possibilité des HC pour les enseignants-chercheurs…

          Je trouve que ça serait honnête de mieux informer les jeunes femmes sur ce point. Faire de la recherche pourquoi pas, mais ne perdez pas de vue que vos perspectives de carrière sont plutôt incertaines.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>