Polémique sur le genre: un rôle pour les biologistes?


Résumé d’un débat sur EvolFrance 

Un débat se déroule en ce moment même sur la liste de diffusion d’EvolFrance. Evolfrance, c’est une liste magique de diffusion sur laquelle les biologistes de l’évolution, entre deux manips, se lâchent sur des sujets de société (OGM, précarité dans la recherche, lutte contre le créationnisme, j’en passe et des meilleures). Les plus grands pontes comme de parfaits inconnus ont le droit à la parole, et c’est parfois épique, parfois absurde, mais toujours très instructif. Je vais tenter d’en dresser un petit bilan, de mon humble point de vue de biologiste.

Affiche des anti « dgendeurs ». Pas cool pour les escargots.

Depuis quelques jours, un sujet a été lancé par Laure Villate, qui s’interroge sur l’instrumentalisation de la biologie dans le débat du « dgender » à l’école. Pour revenir aux bases, les « études sur le genre » (ou « gender studies ») partent du principe que l’identité sexuelle et le genre (masculin/féminin) ne sont pas entièrement déterminés par le sexe biologique (mâle/femelle, chromosomes XY et cie), mais en grande partie par un ensemble de facteurs sociaux, culturels et économiques. Certains l’appellent la « théorie du genre » pour dénoncer cette séparation entre sexe (biologique) et genre (social) admise par les chercheurs, les acteurs du monde de l’éducation et beaucoup de gens. Les détracteurs de cette théorie utilisent de faux arguments biologiques et affirment parfois que cette distinction mâle/femelle serait immuable et inscrite dans le marbre (les gènes), tout en contestant la complexité de l’identité et de l’orientation sexuelle. Car ils craignent que cela ne perturbe les petits enfants dans la construction de leur identité sexuelle, et qu’ils ne deviennent hermaphrodites comme les escargots (post ici). Laure Villate s’interroge donc sur le rôle des biologistes de l’évolution dans ce débat, et se demande si l’on ne devrait pas mettre quelques points sur les i pour éviter une telle instrumentalisation de notre chère discipline. Des (nombreux) mails de réaction ressortent trois points de discussion principaux. 
Premièrement devrait-on se mouiller la chemise pour expliquer clairement que les données biologiques sont hyper complexes et ne peuvent pas être prises comme arguments ? Il est vrai que les simples chromosomes ne sont pas suffisants pour expliquer le sexe. Même en incluant toutes les sous-disciplines de la biologie (écologie, évolution, génétique, développement etc…), on n’est pas rendu pour expliquer la distinction mâle/femelle et la sexualité chez les animaux et encore moins chez l’homme (voir aussi ce petit article sur le darwi-sexisme). La réalité biologique (si elle existe, ce qui n’est pas gagné), ne serait donc pas un argument suffisamment solide pour justifier les différences sexuelles. Mais est-ce bien le problème ?
             L’affiche à peine un poil hystérique de France Jeunesse Civitas. J’ai mal à ma théorie.

 En effet, les détracteurs de la théorie du dgender prétendent surtout qu’il s’agit d’une idéologie déguisée. Une idéologie est un système d’idées relevant d’une croyance, donc non testable. Une théorie est un ensemble de notions testables et falsifiables, qui peut être remise en question. Au lieu de rentrer dans le débat de la réalité biologique, peut-être serait-il plus utile de rappeler que la théorie du genre (si elle existait) serait une théorie, et donc testable, et qu’en plus il s’agit surtout d’un concept. Mais certainement pas d’une idéologie. Et que pour l’instant c’est ce concept là qui permet de rendre le mieux compte de la réalité de l’identité sexuelle chez l’homme. Mais là encore, est-ce bien la clé du débat ?

A la fin, un mail a retenu mon attention. Je cite: « L’Homme a la chance (ou la malchance) d’avoir une conscience. Elle nous permet de nous poser des questions, de tenter de nous extraire de notre condition animale il me semble. Faisons des choix reliés à nos valeurs et non pas à une réalité biologique. Je ne dis pas qu’il faille renier notre réalité biologique, je dis juste que les choix de société doivent être fait sur d’autres bases». Personnellement ça me parle. Ne laissons pas les débats scientifiques obscurcir la vraie question : sur quelles bases devons nous choisir le monde dans lequel nous voulons vivre? La biologie? La science? Je ne crois pas. Si nous voulons d’une société progressiste, tolérante et libre, il est sans doute urgent d’arrêter de prendre la nature comme exemple et d’assumer nos choix. Les décisions politiques sont des décisions de société, et la science n’a rien à voir avec ça. Alors stop à l’hystérie et à nous de discuter posément de ce que l’on veut vraiment comme monde pour demain. Une société patriarcale où la cellule familiale classique serait érigée en modèle à suivre, ou une société tolérante et ouverte, où chacun peut vivre son identité et sa sexualité en toute liberté? Mon choix est vite fait.
P.
Articles ici et ici

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>