Pétition Genre et biologie : contre l’usurpation du discours scientifique

Nous relayons une pétition proposée par un collectif de chercheurs en biologie et philosophie de la biologie, que l’on peut signer ici. Science et politique ont toujours partie liée à des degrés divers. C’est vrai pour la biologie comme pour d’autres disciplines. Comment expliquer sinon que les énoncés scientifiques puissent eux-mêmes reconduire des stéréotypes ?
Il n’empêche, comme P. en parlait dans son billet sur le « Darwi-sexisme » nous considérons qu’il est inadmissible de prendre des prétextes biologiques pour justifier de discriminations entre hommes et femmes…
et notamment dans le milieu académique. Porter des enfants dans nos ventres ne nous empêche pas de produire des concepts avec nos têtes ! 
Y.
Athéna, chouette sponsor pour la sagesse !
Le texte de la pétition reproduit ci-dessous.
« Suite aux débats concernant l’introduction des notions d’identité, de rôles et de stéréotypes sexuels dans les programmes de lycée puis de l’ABCD de l’égalité à l’école, le mot genre est peu à peu banni des ouvrages pédagogiques comme des discours ou des rapports politiques. En balayant ainsi d’un revers de main un champ d’étude riche de plusieurs décennies de travaux, le gouvernement choisit visiblement de satisfaire les revendications arbitraires d’un groupe de manifestants. Nous, enseignants et chercheurs en biologie et philosophie de la biologie condamnons ce marchandage du savoir avec des groupes de pression au mépris des connaissances scientifiques actuelles. 
Les opposants au concept de genre avancent très souvent des arguments à prétention biologique pour appuyer leur propos. Ils construisent leur discours sur une supposée différence essentielle entre hommes et femmes, qui viendrait fonder un « ordre naturel ». Ils appuient leurs idées sur des faits réels ou imaginaires, le plus souvent abusivement décontextualisés, extrapolés ou généralisés. En plus d’être naïve, une telle interprétation de la biologie est malhonnête et démagogique. Les connaissances scientifiques en biologie ne nous permettent en aucun cas de dégager un quelconque « ordre naturel  » en ce qui concerne les comportements hommes-femmes ou les orientations et les identités sexuelles. 
Ces organisations caricaturent les études de genre, dénonçant une hypothétique conspiration qui viserait, entre autres, à nier toute différence entre les individus ou à détruire la famille. Pourtant, le fait d’analyser les constructions sociales qui entourent la différence entre les sexes n’implique en aucun cas de nier la réalité biologique du sexe. De même, s’il y a effectivement des différences biologiques entre les hommes et les femmes, les sociétés humaines ne se réduisent pas à la biologie de l’espèce. Les sociétés humaines sont le résultat complexe de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux ; c’est ce qui explique, d’ailleurs, que les études portant sur l’identité et l’orientation sexuelle ou sur les inégalités sociales entre les sexes relèvent de champs académiques diversifiés tels que la sociologie, l’anthropologie ou la philosophie, mais aussi les sciences biologiques. Aucune discipline ne saurait donc revendiquer la prétention de totaliser les études sur un objet aussi vaste et complexe.
Enfin, les opposants au concept de genre tentent insidieusement de déplacer le débat du champ de la politique à celui de la biologie, de manière à imposer un système de représentations. Cependant, ce système n’a rien de naturel ou d’universel, et en le proposant ses promoteurs usurpent les habits du sérieux scientifique. La science ne doit en aucun cas servir à conforter des préjugés et le devoir des scientifiques est de lutter contre la désinformation et contre les fausses utilisations du discours scientifique. Nous rappelons qu’aucune observation de la nature ne saurait avoir de prétention normative pour la société. Quelles que soient les conclusions scientifiques relatives aux origines des différences entre les hommes et les femmes, celles-ci ne doivent pas servir à légitimer l’inégalité entre les sexes dans nos sociétés et les inégalités ne doivent pas non plus être présentées comme des faits de la nature. La notion même d’identité sexuelle est structurellement humaine, et ne saurait donc être appréhendée par une approche seulement biologique. Il est donc inadmissible et vain d’instrumentaliser la biologie dans un débat concernant l’égalité sociale entre les individus, quels que soient leur sexe, leur identité ou leur orientation sexuelle. L’apprentissage de l’égalité ne peut se faire que par l’éducation et ce qui se passe dans la nature ne nous renseigne en aucun cas sur les décisions politiques que nous devons prendre.
En tant que scientifiques et citoyens, nous dénonçons fermement l’usurpation du discours scientifique pour imposer abusivement une idéologie inégalitaire. « 
Pour qui souhaite signer cette pétition, c’est par là.

Une réflexion au sujet de « Pétition Genre et biologie : contre l’usurpation du discours scientifique »

  1. Personnellement, j’ai toujours envie de répondre à ceux qui prétextent qu’il est naturel (sous-entendu, « donc bon ») d’avoir des rôles séparés (etc.) qu’il est également naturel (donc bon?) de vivre dans les arbres en mangeant des bananes en s’épouillant les uns les autres avec une espérance de vie de 25 ans.

    Notez que je sais parfaitement que l’image de « l’homme descendant du singe » n’est pas scientifiquement exacte… mais elle reste frappante, et à mon sens utile pour manifester la différence nature/culture que les LMPT essaient de tourner à leur avantage.

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