Le troll du peer-review : plus c’est gros plus ça passe (ou pas)

Vous connaissez le troll, celui qui pourrit les fils de discussion sur internet en lançant un truc tellement gros que tout le monde lui tombe dessus mais c’est ce qu’il cherche?

Eh ben ça y est, c’est officiel : on a trouvé la version académique du troll. Il trolle les revues à comité de lecture, encouragé par un editorial board qui n’a manifestement pas su repérer l’odeur caractéristique de la misogynie.

Tweet excerpting provocative review has drawn an extensive response.

En gros, 2 auteures ont soumis un papier à une revue a comité de lecture. Leur papier a été rejeté sur la base d’une revue (i.e. les commentaires d’un expert qui justifient la décision éditoriale) qui disait qu’elles devraient ajouter un ou deux hommes à leur liste d’auteures pour que le papier soit crédible. C’est écrit texto :

« …find one or two male biologists to work with (or at least obtain internal peer review from, but better yet as active co-authors), in order to serve as a possible check against interpretations that may sometimes be drifting too far away from empirical evidence into ideologically based assumptions. »

Moi qui suis plutôt du style désabusée, j’ai quand même réussi à être surprise par le niveau de sexisme du truc, c’est tellement énorme qu’on dirait une blague. Je dis souvent que maintenant le sexisme est plus difficile à combattre car il revêt des formes insidieuses : ça ne se fait plus trop (sauf en politique?) d’étaler son sexisme au grand jour, mais nous sommes tous-tes le fruit d’une culture patriarcale qui « stéréotype » nos pensées, nos perceptions, nos personnalités et nos actions. Bon, ben petite piqûre de rappel : le bon gros vieux sexisme à la papa n’est pas encore tout-a-fait mort.

Cette nouvelle est aussi alarmante car pour un reviewer (même si les femmes sont capables d’être aussi sexistes que les hommes, je vais ici supposer qu’il s’agit d’un mâle) qui en met une couche tellement grosse qu’il se fait épingler, combien de reviewers-euses fournissent des revues biaisées, consciemment ou inconsciemment, lorsqu’ils-elles évaluent des manuscrits de scientifiquEs dont le nom trahit le genre? [insérer ici un plaidoyer pour les revues en double aveugle].

La deuxième chose que je voudrais pointer de mon doigt accusateur, c’est cette rhétorique à la con comme quoi un membre d’un groupe oppressé ne peut pas être objectif quand à la perception ou l’étude de cette oppression (c’est d’ailleurs une technique utilisée depuis des lustres pour décrédibiliser les voix qui s’élèvent contre diverses formes de domination). Car c’est ce dont il s’agit ici : le papier est une étude sur les différences hommes/femmes a la transition thèse ->post-doc. Ce que sous-entend notre ami, c’est qu’une femme scientifique ne peut pas avoir un propos « non-idéologique » sur le sexisme en science. Ce qui est franchement ironique car sa revue est la preuve même de son propre manque de neutralité, si tant est que le concept de neutralité ait un sens dans ce contexte [insérer ici une longue diatribe comme quoi la science n’est jamais « pure » mais forcement influencée par tout un tas de facteurs sociétaux].

La bonne nouvelle, c’est que l’info s’est répandue comme une traînée de poudre (plus de details sur l’affaire sur Science Insider, Retraction Watch, Le Monde, Buzzfeed, Huff Post Women.), et a donné pour notre plus grand bonheur le fil twitter #AddMaleAuthorGate. Quelques perles, parce que tourner la chose en ridicule est une stratégie de réplique des plus jouissives :

Objectivement votre,

S.P.

Une réflexion au sujet de « Le troll du peer-review : plus c’est gros plus ça passe (ou pas) »

  1. Notre ami, notre ami… parle pour toi!
    :-)
    Au final, je pense que c’est plutôt une bonne chose cet évènement, parce qu’il existe encore un nombre effarant de chercheurs qui pensent en toute bonne foi qu’il n’y a pas de biais de genre dans les rapports des articles scientifiques. J’en parlais justement la semaine dernière avec des postdocs (mâles) qui étaient sincèrement étonnés que je puisse affirmer que ça existe, et que c’est fort.

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