Ecrire … drôle de cuisine


Comment vais-je faire pour écrire ma thèse (un texte qui fera surement au moins 300 pages) ? Voici le chemin que je compte emprunter. Cela demande d’abord d’imaginer qu’on se trouve plongés dans le monde comme dans une pâte feuilletée un peu sucrée. Vous y êtes ? Bien. Ainsi donc il est nécessaire d’abord de se détendre. Puis de s’étendre, de se répandre. Ensuite à travers ce champ étalé, entre les grains aller au but, tailler sa route dans la matière des mots. Tracer des formes à l’emporte pièce. S’y consacrer, s’y construire patiemment. Puis cela se décante. Laisser poser, gonfler, prendre tournure.
Patti Smith, poète et femme puissante
Écrire est un art culinaire. Concocter cuire, confectionner. Dresser une liste, un sommaire, comme on dresse la table et le menu. Se nourrir des écrits des autres, puis les digérer. C’est aussi un art potier car en lisant le monde on se forme.On se donne une forme. Cela tient également de la menuiserie : un texte s’articule entre blocs et chevilles. Citons enfin la couture : liaisons, broderie, argumentaire cousu. Page blanche comme un drap. C’est un voyage sinueux dans le labyrinthe des mots, où le fil conducteur permet la survie. L’escalade d’une paroi escarpée. Un écrit est une trace laissée dans l’espace de la pensée, c’est toujours le résultat d’un itinéraire particulier.
Gravure anatomique : entre texte vivant et corps représenté (Gautier, 1754)
Jusqu’au cœur des sciences les plus dures, écrire un texte est toujours une action personnelle. Alors, comme j’en parlais déjà il y a quelques temps pourvu que cela se sente ! Que le texte se mue en un ensemble vivant, d’organes reliés par une structure rythmique d’espaces et de liens. Entre condensations et développements, c’est bien le corps du texte, qui respire, qui danse. C’est donner vie à un édifice de chair lexicale, irriguée, structurée par le rythme, le son et le sens. Je change chaque jour de stylo mais la couleur persiste, le rouge, toujours, la couleur du jour naissant, car il s’agit de comprendre, d’éclairer ce qu’il y a entre soi et le monde autour. La lumière qui se fait par les mots qui sortent d’une bouche. J’assume de transmettre la vie. J’aime donc en moi celle qui écrit (j’aurais pu dire celui), posément et passionnément, d’émotion contenue mais sans s’étouffer, sûre de sa cible. L’écriture vivante…
Y.


Le poumon et le coeur, 1754, par  J.Gautier. Planche XIV de l’Anatomie des Viscères
Exposition « Anatomie de la Couleur », Bibliothèque Nationale, 1996

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