Science faculty’s subtle gender biases favor male students

Voici un article publié dans PNAS par Moss-Racusin et ses collaborateurs l’an dernier (libre accès: pdf).  J’y repense souvent quand je recrute un/une stagiaire… Dans cette  étude, des chercheurs ont soumis des candidatures identiques à des comités de sélection qui devaient choisir un étudiant pour gérer leur labo, en changeant uniquement le prénom. Voilà la façon dont les candidats étaient perçus:

Scores obtenus par des candidats évalués par un comité mixte sur trois critères: compétence,
probabilité d’embauche et capacité à encadrer les étudiants. N= 126. Fig tirée de Moss-Racusin et al. 2012. Article PNAS en open access

 Dingue. A CV égal, une fille est perçue comme moins compétente, moins capable d’encadrer des étudiants, et sera moins susceptible d’être recrutée. Ma première réaction a été de me dire que c’était sans doute biaisé par un quelconque défaut expérimental (on se refait pas). Que nenni. Puis de me dire que c’était les hommes du comité qui étaient particulièrement machistes (c’est toujours plus facile d’accuser quelqu’un). Hélas non. Les femmes du comité aussi. Alors j’ai commencé à m’interroger sur mes propres biais intérieurs. Et misère, j’en ai aussi. Pleins. Quand je choisis mes comités de thèse, mes boss, mes stagiaires. Il y a toujours une partie de moi qui ne réconcilie pas tout à fait le leadership et la féminité. Y compris pour moi-même. C’est pas gagné… 

P.

Lean in: women, work, and the will to lead. De Sheryl Sandberg

 

Le livre buzz du mois. Sheryl Sandberg est devenue l’icône (controversée, certes) du féminisme moderne. Un petit résumé:  http://video-subtitle.tedcdn.com/talk/podcast/2010W/None/SherylSandberg_2010W-480p-fr.mp4


Je suis en train de lire le livre. Je me prends une sacrée claque dans ma tête à vrai dire. Je suis passée par plusieurs stades de scepticisme, comme la plupart de ses détracteurs d’ailleurs. Il est vrai que Sandberg est N°2 de Facebook, que je n’apprécie pas des masses, qu’elle est assez américaine dans sa façon de voir les choses, qu’elle ne s’adresse qu’aux femmes qui veulent avoir des enfants et pas aux autres. Mais bon, malgré tout ça, quel charisme, quelle leçon, bref, quelle belle claque! Sheryl Sandberg réussit l’exploit de pointer du doigts nos doutes les plus ancrés, qui nous font reculer au moment de s’investir dans nos carrières, et qui nous empêchent de « prendre place à table » (lean in) et de prendre confiance dans nos compétences. Sans accuser personne, sans nous faire culpabiliser, elle souligne avec sensibilité, justesse et énergie les mécanismes subtils qui nous font douter de nos capacités, et aboutissent à ce constat amer: 190 dirigeants d’Etat 9 femmes, 15% de femmes au sommet des grandes entreprises ou des assemblées politiques. Alors que nous représentons 50% de la population. Ce qui m’a le plus marquée: un homme qui a du succès, c’est normal, et apprécié. Une femme qui a du succès en revanche, génère le doute et le malaise, auprès des femmes comme des hommes. Beaucoup se disent qu’elle est sans doute trop ambitieuse, calculatrice, castratrice. A nous de changer ça. Parce que tant qu’on continuera à s’excuser de réussir ou à culpabiliser de bien travailler, nous aurons toujours la tentation de nous replier sur nos refuges féminins: le foyer, le thé, les bébés. Là où personne ne peut nous accuser de prendre la place d’un homme. Alors que cela doit rester un choix libre, et pas un refuge. Alors je remercie Sandberg d’avoir eu le courage d’écrire ce bouquin, et je me remets au boulot. Lean in! 

P.