Quelques pas vers la parité

De pourcentages en histogrammes, quelques clics de souris nous donnent à voir la situation des femmes aux postes d’enseignants chercheurs dans les universités Françaises. C’est la CP CNU (Commission permanente du Conseil national des universités) qui nous propose ces chiffres dans son rapport annuel. Bonne nouvelle, ça progresse. De 1992 à 2012, on a en effet pris dix points ! Autrement dit, c’est la croissance ! Hourra ! Fini la crise ! (oups, les chroniques boursières du matin à la radio ont dû m’affecter un poil)

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Evolution de la proportion de femmes aux postes d’enseignants chercheurs dans les universités françaises de 1992 à 2012 (CP-CNU)

Il y a donc (roulement de tambour) 36 % de femmes chez les enseignants-chercheurs. Néanmoins ce chiffre mérite d’être nuancé en suivant le parcours de la progression de carrière dans le domaine. Si dans le privé on parle en « junior » et « senior » et en Kilo euro de salaire, chez les chercheurs en France on parle de grade. Lire la suite

Thank you for considering me for this opportunity

Une phrase anodine en apparence, mais attention, en fonction du ton de voix que vous employez pour la dire, vous pouvez diminuer considérablement votre probabilité d’embauche. Enfin, surtout si vous êtes une femme.

vocal fryC’est dans cet article de Plos One que j’ai lu il y a quelques temps sur les intonations de voix chez les femmes (the « vocal fry ») et leur impact sur la probabilité de trouver un job. J’aime bien ce genre d’étude, mais j’avais trouvé étrange le ton de l’article, qui se voulait très neutre et objectif mais balançait parfois des généralités choquantes à mon goût. Mais je trouve qu’il reflète bien la (mauvaise) tendance actuelle à vouloir « coacher » les femmes sur leur manière de se comporter (et apparemment de parler) pour être successfull. Anyway, en voilà un petit résumé.

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The confidence gap : c’est du lard ou du cochon?

Oyez oyez braves bécasses gens! Le mystère des inégalités salariales (et autres) est enfin percé! Et la solution était là, toute simple, à portée de main. Et bien oui, mesdames et mesdames, ne cherchez plus, vous souffrez de discriminations au sein d’une société patriarcale manquez tout simplement de confiance en vous!! Allez allez, on se met un coup de pied aux fesses, on arrête de se cacher derrière le fauteuil en se demandant si notre jupe fait pute ou prude, et on fonce vers le succès en écrabouillant toutes les autres!!
Bon, trêves de sarcasmes, le sujet est sérieux, il s’agit d’un livre, intitulé The Confidence Code. Les auteures, Claire Shipman et Katty Kay, ont découvert au travers d’interviews avec les femmes les plus influentes du monde (sic), que même dans les hautes sphères du pouvoir, ces dames souffrent du syndrôme de l’imposteur et d’un cruel manque de confiance en elles. Shipman et Kay présentent leur découverte et l’ouvrage qui en a découlé dans un essai publié sur The Atlantic, intitulé The Confidence Gap, qui a beaucoup fait parler dans les salons (y compris ceux du Ministère des Droits des Femmes, on y viendra).

www.savagechickens.com

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Dis Papa, quand est-ce qu’on mange ?


Les tensions autour de la réforme de la famille n’en finissent pas de faire des petits. Agacé par l’inculture scientifique (réelle ou feinte) des ecclésiastes et des responsables politiques, l’écologue Franck Cézilly a publié un livre sur les soins paternels chez les animaux. En faisant cela, il avait un peu envie, nous raconte-t-il (invité sur France Inter dans l’émission La Tête au carré) de démonter les stéréotypes concernant la répartition des rôles entre papa et maman chez les humains, qu’on appuie trop souvent sur un supposé ordre naturel (Voir à ce propos nos précédents posts Darwi-sexime, et Polémique sur le genre, quel rôle pour les biologistes ? ).


Frank Cézilly 2014 De mâle en père (à la recherche de l’instinct paternel) Buchet-Chastel


Alors voilà. Oui, en effet, les soins paternels, ça existe. A une époque on appelait ça les soins maternels exprimés par les mâles. C’est-à-dire que ça avait quelque chose qui semblait aberrant. Car oui, les chercheurs en sciences naturelles projettent eux-aussi leurs conceptions des rapports sociaux entre hommes et femmes sur leurs observations des animaux. Ainsi l’histoire de l’étude du comportement animal offre une moisson abondante de travaux sur les mâles. Mais ce sont les parades nuptiales et les caractères sexuels secondaires (poils, cornes, couil**) qui ont surtout, pendant longtemps, défrayé les gazettes. Les temps ont changé. Les papas chercheurs vont aussi chercher leurs enfants à la crèche. Et depuis une dizaine d’année, les comportements paternels sont aussi au menu des revues scientifiques.

Dans le livre De mâle en père, on apprend que chez certaines espèces d’araignées et de mille-pattes, les mâles protègent les pontes. Chez certains cichlidés (des poissons qui vivent dans les grands lacs d’Afrique de l’Est, et dans de nombreux aquariums), les mâles incubent les œufs dans leur bouche. Chez les hippocampes (stars des papas investis), ce sont les mâles qui assurent la gestation à l’aide d’un marsupium (une poche ventrale) dans laquelle la femelle transfère les œufs au moment de la ponte. Les amphibiens offrent aussi un bel exemple, avec le crapaud accoucheur qui porte une guirlande d’œufs sur ses pattes arrières et la transporte de mare en mare pour les sauver du dessèchement.


A lire : le numéro 53 de La hulotte sur le crapaud accoucheur

La comparaison entre les oiseaux et les mammifères est également intéressante. Chez les premiers  95% des espèces sont monogames. Chez les seconds, 5% seulement. (Précisons qu’on parle ici de monogamie sociale, c’est à dire d’organisation sociale pour l’élevage des jeunes ; quant à savoir qui mélange ses gamètes avec qui, il y a parfois avouons le quelques petits dérapages.) Les soins paternels suivent le mouvement. Ils sont beaucoup plus développés chez les oiseaux, où les mâles de nombreuses espèces couvent les œufs, nourrissent les petits, et les protègent des diverses agressions de l’environnement : les prédateurs, le froid, et parfois le soleil (d’où l’expression « papa-parasol » s’appliquant aux autruches, qui déploient vaillamment une aile pour protéger leur progéniture. Rien à voir, notons-le, avec les « papa-razzi » qui ne changent jamais les couches de leurs petits mais adorent les prendre en photos quand ils font des conneries).

Le Marsupilami, lui aussi, surveille le nid

La faible importance des soins paternels chez les mammifères s’expliquerait notamment par …la viviparité. L’utérus. Le placenta. La gestation interne, quoi. Bah oui, parce que, une fois qu’elle est là bien au chaud la petite graine, monsieur est à peu près sûr que ses gènes seront menés à terme et peut donc aller s’investir ailleurs.  (Hop hop attention aux raccourcis. On se place dans le cadre de la sélection naturelle. On considère  ainsi qu’un comportement est sélectionné au sein d’une espèce, s’il assure une plus grande chance de transmission des gènes des individus qui l’expriment, à la génération suivante)


Et maintenant je vous vois venir avec vos gros sabots. Nous autres, humains, on est des mammifères, non ? Alors ? WTF ? Pourquoi les hommes veilleraient-ils sur leur progéniture ? (i.e. » Une fois que je me suis reproduit, Je peux retourner jouer au flipper vintage et retrouver le goût du skateboard avec mes potes non ? » Bah disons que ce mécanisme évolutif n’explique pas tout du comportement parental des mammifères. Ensuite, la diversité des comportements entre espèces est telle, comme le rappelle également Franck Cézilly, qu’avec ce genre d’arguments on peut démontrer à peu près tout ce qu’on veut. En plus, on a une fâcheuse tendance à retourner notre veste quand ça nous arrange…c’est un peu facile de dire un jour, qu’on est des bêtes comme les autres et puis, le lendemain, quand ça nous arrange moins, que non décidément on n’a rien avoir avec les autres animaux, ces êtres primitifs qui ne nous arrivent pas à la cheville.
Tiens ! J’entends une petite voix au loin : « Papa, papa ! Quand-est-ce qu’on mange ? » 

Y.




What works for women at work, de Joan Williams et Rachel Dempsey

Au fil de mes pérégrinations sur la toile, j’ai lu un article quelque part sur le livre « What works for women at work » de Joan C. Williams et sa fille Rachel Dempsey. Et puis je suis tombée sur ce court podcast dans lequel les deux auteures discutent de leur ouvrage sur la radio NPR (US). Je les ai trouvées super et ça m’a donné envie de le lire, alors en attendant de trouver le temps (=dans 10 ans) je vous rapporte ce que j’en ai entendu.

What works for Women at Work : un guide de survie en milieu professionnel sexiste?

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Contre le harcèlement : le CLASCHES sort les griffes

Un des tous premiers articles de ce blog abordait la question : le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur et la recherche est une réalité trop souvent balayée sous le tapis comme un petit tas de poussière. Or il faut croire qu’à force de tout cacher en-dessous, le tapis finit par faire des bosses. Bosses encombrantes dans les braguettes de l’abus de pouvoir. Dérapages et ravages quand les fesses et les seins ne sont vus que comme des objets, comme des dessins… « Elle n’avait qu’à s’habiller autrement » qu’ils disent. Ce à quoi nous répondrons comme au jardin d’enfant  »  Mon corps c’est mon corps ce n’est pas le tien… »

Fifi brindacier, toutes griffes dehors

Le CLASCHES est une association française, qui regroupe des « étudiant·e·s mobilisé·e·s contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur ». L’objectif de ce collectif est de sortir de dessous le tapis cette réalité, et de donner des outils aux femmes qui s’y retrouvent confrontées pour se défendre.Un guide (disponible ici) s’appuie sur les nombreux témoignages reçus par l’association depuis sa création il y a onze ans, pour dresser un panorama de cette  situation et donner quelques clés d’auto-défense.  Utile synthèse.

Y.

CLASCHES : Collectif de Lutte anti-sexisme et contre le harcèlement dans l’enseignement supérieur.

Expertes, au rapport !

C’est en feuilletant un magazine féminin pendant les vacances de Noël (ça m’arrive quelque fois…) que j’ai découvert l’existence du Guide des expertes. Un Who’s who’s des femmes savantes, un vivier dans lequel puiser des peronnalités pour alimenter les conférences publiques, plateaux télés, émissions de radio…et conseils scientifiques en tous genres.

L’agence qui a créé le guide, dirigée par une ancienne journaliste de ELLE, a une prédilection « pour tout ce qui touche la vie des femmes ». On pourrait s’inquiéter, car la presse féminine dans son ensemble, à quelques exceptions près (Causette !!), n’est pas connue pour ses vertus émancipatrices. Mais on ne peut que saluer la création de cet ouvrage qui existe depuis 2011 et qui vise a pallier au manque cruel de femmes dans les panels d’experts sollicités, notamment, par les médias.

Un fauteuil en forme de haut talon pour inviter des femmes aux émissions ?

En effet selon le rapport de la commission sur l’image des femmes dans les médias publié en 2011, plus de 80% des experts invités par les radios, télés, journaux… sont des hommes. Cette relative absence des femmes reflète le manque de parité dans les médias en général : en 2011, selon le baromètre de la diversité à la télévision, commandé par le CSA : « la sous représentation des femmes perdure avec 36 % de femmes, et ceci dans tous les genres de programme ». Mais cela va plus loin puisque quand on en arrive aux expert-e-s on tombe à …19% .

Une belle barbe (Swedish National Heritage)

Au delà du manque de femmes dans certaines disciplines relevant de questions stratégiques – disciplines elles-mêmes dominées par la gent masculine ? – il y a aussi la question de leur manque de disponibilité du fait du travail domestique qu’elles assument… qui s’ajoute au manque de mise en avant des femmes par les institutions où elles travaillent, et surtout, last but not least, au fait que les médias ne prennent pas encore assez l’initiative !

l’émission C dans l’air, qui a longtemps été connue pour n’inviter que des hommes sur ses plateaux, a ainsi régulièrement été la cible du collectif  LA BARBE, un groupe d’action féministe qui dénonce l’hégémonie masculine dans les cercles de pouvoir en général, et notamment dans les cercles d’experts. Pour sévir, ce collectif a remis au gout du jour le look « femme à barbe » en vogue dans les freak show du début du siècle dernier, et nous régale d’apparitions dans les assemblées et conseils exécutifs en tout genre, dénonçant ainsi le fait que pour en ETRE, il faut en AVOIR (des poils).

En conclusion, plutôt que de prendre des hormones, montons au créneau … prenons la parole !

ps :  un article sympathique dans le supplément hebdomadaire du Monde, qui a le bon goût, contrairement à celui du Figaro, de ne pas s’appeler Madame..

Y.

La vie sexuelle des anthropologues : subjectivité érotique et travail ethnographique

Longtemps les anthropologues, dans leur entreprise de description des mœurs des Autres, sont restés en retrait des analyses qu’ils produisaient, passant sous silence leur engagement en tant qu’individu sur le terrain.

Au féminin, l’étude des mœurs sexuelles océaniennes (la célèbre anthropologue américaine Margaret Mead avec une femme et son enfant, visite aux îles de l’Amirauté en 1953. Corbis / Bettmann)

L’enquête ethnographique conduit pourtant nécessairement à nouer des relations au sein des groupes étudiés. Ces relations qui engagent le Moi des chercheurs, leurs subjectivités affectives on considère aujourd’hui qu’il est important, si ce n’est d’en faire étalage, de les considérer au cours de l’analyse. Il s’agit, pour mieux comprendre ce qui se joue pendant l’enquête, de faire un retour sur soi, en analysant les biais liés à la présence du chercheur (dans sa singularité) sur le terrain d’enquête. Autrement dit, en deux mot-clés (vous paraitrez plus savant à votre prochain diner) :  la réflexivité (retour sur soi) a un potentiel heuristique (elle aide a comprendre).

Si la réflexivité est une pratique aujourd’hui bien installée, l’analyse de l’engagement érotique, sexuel, des chercheurs sur le terrain est resté plus longtemps tabou. Un ouvrage paru en 1995 s’est donné pour mission  de rassembler des textes sur le sujet. L’introduction de Don Kulick, aujourd’hui traduite, a été publiée dans la revue Genre, Sexualité et Société. Je n’entrerai pas dans les détails de l’article, riche et complexe. Pour ce qui nous intéresse ici, on relèvera seulement que  « l’examen critique de l’anthropologue en tant que sujet sexuel » conduit à révéler plusieurs asymétries, entre chercheurs et enquêtés, mais aussi entre les chercheurs eux-mêmes, en fonction de leur genre et de leur orientation sexuelle.

Une pin-up dans la jungle…érotisme et imaginaire colonial dans les années 1950 ( Bettie Page photographiée par l’ancienne modèle Bunny Yeager, 1954)

Les rapports de pouvoir entre les chercheurs et les enquêtés plongent leurs racines dans l’histoire du déploiement de l’anthropologie, dans un contexte raciste et colonialiste : la majorité de l’article y est consacrée, et ça vaut le détour. Quant à la question du genre, l’auteur se réfère à ce propos à un article d’Esther Newton, une anthropologue américaine spécialiste des mouvements queer. Selon elle, « « le trou noir qui enveloppe ce non-sujet » (Newton 1993, 4) remplit le double rôle de renforcer la subjectivité hétérosexuelle masculine, en la laissant en dehors des limites de l’enquête critique, et de contraindre au silence les femmes et les gays, « pour lesquels les sujets de sexualité et de genre ne peuvent jamais être non-problématiques » (ibid., 8). En effet, en débattant de ces problèmes de manière trop publique, ils risquent leur place dans le « mainstream » anthropologique, leur « respectabilité », et peut être même leur carrière. « 

En bref ici comme ailleurs, le fait de passer sous silence, sous l’apparence du consensus, une question qui implique des rapports de force (racisme, sexisme…) conduit à conforter la position du dominant.

Y.

Référence de l’article :
Don Kulick, « La vie sexuelle des anthropologues : subjectivité érotique et travail ethnographique », Genre, sexualité & société [Online], 6 | Automne 2011, Online since 01 December 2011, connection on 06 January 2014. URL : http://gss.revues.org/2123 ; DOI : 10.4000/gss.2123

Quelques références sur le genre dans l’enquête ethnographique :
Citées dans l’article de Kulic, à consulter à l’occasion…


BELL Diane, CAPLAN Pat, KARIM Wazir Jahan (dir.), Gendered Fields: women, men and ethnography, London and New York, Routledge, 1993.
  
CALLAWAY Helen, « Ethnography and expérience: gender implications in fieldwork and texts » in OKELY Judith and CALLAWAY Helen (dir.), Anthropology and autobiography, London and New York, Routledge, 1992.
GOLDE Peggy (dir.), Women in the field: anthropological expériences, Berkeley, University of California Press
WHITEHEAD Tony Larry, CONAWAY Ellen (dir.), Self, sex and gender in cross-cultural fieldwork, Urbana and Chicago, University of Illinois Press, 1986

 

Jeunes chercheurs face aux exigences de disponibilité temporelle

Vous connaissez le phénomène du « tuyau percé » ? cette image est couramment utilisée pour décrire la tendance à la « fuite » des femmes au fur et à mesure de l’avancement dans les carrières scientifiques, et qui concourt au fait qu’on en trouve de moins en moins à mesure qu’on monte dans la hiérarchie des institutions de recherche. (Pour des chiffres au niveau européen, voir les SHE Figures Report publiés en 2009.)

La revue TEMPORALITÉS (une revue de sciences humaines et sociales consacrée, vous l’aurez deviné…au temps sous toutes ses formes) a publié dans son dernier numéro un article sur les « ajustements spatio-temporels » entre vie privée et vie professionnelle chez les jeunes chercheurs, qui donne un éclairage intéressant sur le phénomène du tuyau percé. En effet, si l’accélération des rythmes de travail (pression à la publication, à la production rapide de résultats, etc.), crée une insécurité générale chez les jeunes chercheurs, celle-ci touche, néanmoins, hommes et femmes différemment.


La théorie de la contorsion, une bande-dessinée signée Margaux Motin.

A partir d une enquête auprès de jeunes hercheurs du Fond National pour la Recherche Scientifique en Belgique, les auteurs, María del Río Carral et Bernard Fusulier, ont défini trois logiques de combinaison entre vie professionnelle et vie privée, qui se révèlent être distribuées de manière asymétrique en fonction du genre.

L’intégration :  Le chercheur/la chercheuse se concentre entièrement sur son activite professionnelle en déléguant totalement à son conjoint – s’il/elle en a un – les contraintes domestiques. Cette stratégie rappelle la figure ancienne de l’homme de science qui poursuivait brillamment sa carrière grâce au soutien de son épouse.  Mais nuançons. Aujourd’hui on trouve aussi des femmes pour adopter cette stratégie. 

La conciliation :  Il/elle  jongle entre vie familiale et professionnelle – parvient a négocier entre exigences de production scientifique et une vie domestique qui fixe un cadre temporel rigide – en particulier si des enfants sont en jeu. Il/elle y parvient en s’imposant une rigueur forte visant a l’efficacité,  en s’appuyant sur l’aide et la compréhension de ses collègues, de son conjoint, de son réseau familial et amical, et enfin, en prenant sur lui/elle :  par le sacrifice d’une partie de ses aspirations personnelles et jusqu’à ses besoins physiologiques (manger, dormir)! 

Le conflit :…quand vie privée et professionnelle entrent en dissonance. La confrontation entre exigences de la vie personnelle et familiale, et celles de la carrière scientifique est vécue sur le mode de la culpabilité et du sacrifice. Ce sont majoritairement des femmes avec enfant qui se retrouvent dans cette catégorie, mais encore une fois, pas seulement… 
 

La conclusion est claire sur les difficultés des chercheuses mères de famille qui « paraissent en définitive les plus fragilisées » , mais elle nous rassure un peu sur l’avenir : «  il ne s’agit pas d’une détermination mais bien d’une tendance ; des mères peuvent parvenir à concilier leurs différentes responsabilités et à nouer un rapport optimiste et engagé dans leur carrière scientifique (…). À l’inverse, des hommes (pères ou non) aussi bien que des femmes sans enfant peuvent témoigner à leur tour d’une interférence difficile entre leur vie professionnelle et leur vie privée. »

La « fast science » produit des discriminations :  « La régulation actuelle des carrières scientifiques accentue cette difficulté [de conciliation vie privée/ vie professionnelle]. Elle introduit dès lors un filtre discriminant (sur le plan du genre comme des origines sociales) dans l’accession des chercheurs aux postes définitifs. En effet, en stimulant l’accélération du temps scientifique, la mesure de la productivité, la concurrence, la mise en équivalence quantitative, la mobilité internationale, etc., elle opère une sélection qui implique inévitablement la situation privée des chercheurs, et pas seulement la qualité de leur travail scientifique. On peut certainement trouver des pistes intéressantes de réflexion dans la critique du mouvement « slow science »faite à la« fast science » pour imaginer des formes de travail et une organisation des carrières plus soutenables, moins discriminantes et tout aussi efficaces. »

Ralentir la marche des sciences, ralentir les rythmes, ce serait en soi bénéfique à la production de connaissances et cela permettrait, aussi, de donner sa chance à chacun. Ce qui serait, également, bénéfique pour la production scientifique… Aller, on y croit !

Y. 
 Liens

Pour des chiffres au niveau européen sur l’égalité hommes-femmes dans la recherche scientifique voir les SHE Figures Report publiés en 2009.
Pour plus d’information sur le mouvement des Slow Sciences. 

Beauté fatale. De Mona Chollet

Voilà le bouquin culte qui a lancée pas mal d’entre nous (enfin, moi en tout cas) dans l’aventure féministe (l’étincelle ayant été le clip « Science it’s a girl thing »). Je saoule tout le monde avec ce bouquin depuis plus d’un an, vous allez donc y avoir droit vous aussi. Mona Chollet y expose, avec clarté, finesse et ironie, comment l’industrie de la mode et de la beauté contribue, en plus des clichés ambulants, à nous enfermer dans une image féminine rikiki et niaiseuse, et à nous faire culpabiliser de ne pas ressembler à Kate Moss. Au delà des réflexions courantes sur l’image du corps, tout un volet est développé sur la façon dont nous doutons de nous même et n’osons pas aller vers des domaines réservés aux hommes. Malgré un ton caustique et parfois un peu polémique, Mona Chollet développe avec rigueur et force d’exemples parlants ses idées, et elle nous fait du bien. Un must pour prendre conscience qu’on est pas seules avec nos questions, et pour commencer à réfléchir sur qui nous voulons réellement être, au delà des clichés et des pressions sociales. 
P.