Thank you for considering me for this opportunity

Une phrase anodine en apparence, mais attention, en fonction du ton de voix que vous employez pour la dire, vous pouvez diminuer considérablement votre probabilité d’embauche. Enfin, surtout si vous êtes une femme.

vocal fryC’est dans cet article de Plos One que j’ai lu il y a quelques temps sur les intonations de voix chez les femmes (the « vocal fry ») et leur impact sur la probabilité de trouver un job. J’aime bien ce genre d’étude, mais j’avais trouvé étrange le ton de l’article, qui se voulait très neutre et objectif mais balançait parfois des généralités choquantes à mon goût. Mais je trouve qu’il reflète bien la (mauvaise) tendance actuelle à vouloir « coacher » les femmes sur leur manière de se comporter (et apparemment de parler) pour être successfull. Anyway, en voilà un petit résumé.

Lire la suite

Un petit mot pour Godzilla

Nous reproduisons ici un petit mot reçu dans notre boite aux lettres :

« Hello,
Voici deux trois fois que je tente de commenter votre article syndrome de Godzilla. En gros j’écris que « j’ADORE (en majuscules, oui), et que même en étant senior dans mon poste je prends à ma charge la tâche de mettre à l’aise les invités et proposer le café. Et ses attentes sociales, ça ne se passe pas que dans ma tête. J’accumule énormément d’agressivité et je la balance au premier qui me demande si je suis l’assistante. Comme ceci :

Alors qu’au final je n’ai fait qu’encourager cette idée de moi. Ah je me déteste! Mais vous m’avez inspirée, je vais peut être raconter cette expérience de séminaire particulièrement pénible. Merci pour ce blog et continuez à soutenir les jeunes filles de 14 ans!! »

Un peu d’inspiration

The physicist Sally Ride, Credit: © Andrea Del Rio. Source

Pour une fois je vais commencer par l’image. Elle a pas la classe cette Sally Ride? Physicienne, astronaute, éducatrice, première femme Américaine dans l’espace. Mais aussi confiante, souriante, et féminine. Alors c’est vrai, on aurait le droit d’être comme ça? Je veux dire scientifique ET femme? Mais sans être triste et à l’article de la mort comme Marie Curie? (no offense Marie Cu, mais bon, mourir pour la science c’est pas mon intention). Voire même être scientifique, femme ET heureuse? (oh là j’en demande beaucoup là). Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me fait chaud au coeur de voir cette image, et je réalise encore plus combien l’on manque de modèles féminins dans nos métiers. Oui on en a beaucoup parlé dans ce blog, de ce manque de modèles auxquels on pourrait s’identifier, du manque de relai des médias, de la sous représentation des scientifiquEs dans l’espace public médiatique. Tout cela pèse réellement sur notre façon de nous projeter, sur nos ambitions, nos espoirs. Mais si un travail de fond est nécessaire, je crois aussi que certains coups de pouce sont singulièrement efficaces. Cette simple image par exemple, ou le fait de dire autour de nous et à nos étudiants combien la science c’est cool (le site I fucking love science m’a aidé plus d’une fois à ne pas abandonner ma thèse, en plus c’est une fille qui en est l’auteure), et puis tenir le coup, accessoirement. Car si Sally Ride peut le faire, pourquoi pas nous? Pour plus d’images de femmes scientifiques qui ont la classe et vous reboostent, je vous invite donc à lire cet article du Scientific American sur l’expo qui se tient bientôt à Austin. Après tout, on a tous besoin de sources d’inspiration (mais sans barbe de préférence).

Girl power!

P.

Métro Montréalais

A tous ceux qui me demandent encore pourquoi je suis féministe, ou qui trouveraient que le ton de certains posts est un peu acerbe. Montréal, ligne verte. Un vieux beau vient se frotter à moi dans le métro. Pour certains, je suis encore un objet sexuel avant d’être moi-même. Nous sommes le 14 mars 2014, dans un des pays censés être à la pointe du progrès social. Tout est dit.
P.

Pétition Genre et biologie : contre l’usurpation du discours scientifique

Nous relayons une pétition proposée par un collectif de chercheurs en biologie et philosophie de la biologie, que l’on peut signer ici. Science et politique ont toujours partie liée à des degrés divers. C’est vrai pour la biologie comme pour d’autres disciplines. Comment expliquer sinon que les énoncés scientifiques puissent eux-mêmes reconduire des stéréotypes ?
Il n’empêche, comme P. en parlait dans son billet sur le « Darwi-sexisme » nous considérons qu’il est inadmissible de prendre des prétextes biologiques pour justifier de discriminations entre hommes et femmes…
et notamment dans le milieu académique. Porter des enfants dans nos ventres ne nous empêche pas de produire des concepts avec nos têtes ! 
Y.
Athéna, chouette sponsor pour la sagesse !
Le texte de la pétition reproduit ci-dessous.
« Suite aux débats concernant l’introduction des notions d’identité, de rôles et de stéréotypes sexuels dans les programmes de lycée puis de l’ABCD de l’égalité à l’école, le mot genre est peu à peu banni des ouvrages pédagogiques comme des discours ou des rapports politiques. En balayant ainsi d’un revers de main un champ d’étude riche de plusieurs décennies de travaux, le gouvernement choisit visiblement de satisfaire les revendications arbitraires d’un groupe de manifestants. Nous, enseignants et chercheurs en biologie et philosophie de la biologie condamnons ce marchandage du savoir avec des groupes de pression au mépris des connaissances scientifiques actuelles. 
Les opposants au concept de genre avancent très souvent des arguments à prétention biologique pour appuyer leur propos. Ils construisent leur discours sur une supposée différence essentielle entre hommes et femmes, qui viendrait fonder un « ordre naturel ». Ils appuient leurs idées sur des faits réels ou imaginaires, le plus souvent abusivement décontextualisés, extrapolés ou généralisés. En plus d’être naïve, une telle interprétation de la biologie est malhonnête et démagogique. Les connaissances scientifiques en biologie ne nous permettent en aucun cas de dégager un quelconque « ordre naturel  » en ce qui concerne les comportements hommes-femmes ou les orientations et les identités sexuelles. 
Ces organisations caricaturent les études de genre, dénonçant une hypothétique conspiration qui viserait, entre autres, à nier toute différence entre les individus ou à détruire la famille. Pourtant, le fait d’analyser les constructions sociales qui entourent la différence entre les sexes n’implique en aucun cas de nier la réalité biologique du sexe. De même, s’il y a effectivement des différences biologiques entre les hommes et les femmes, les sociétés humaines ne se réduisent pas à la biologie de l’espèce. Les sociétés humaines sont le résultat complexe de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux ; c’est ce qui explique, d’ailleurs, que les études portant sur l’identité et l’orientation sexuelle ou sur les inégalités sociales entre les sexes relèvent de champs académiques diversifiés tels que la sociologie, l’anthropologie ou la philosophie, mais aussi les sciences biologiques. Aucune discipline ne saurait donc revendiquer la prétention de totaliser les études sur un objet aussi vaste et complexe.
Enfin, les opposants au concept de genre tentent insidieusement de déplacer le débat du champ de la politique à celui de la biologie, de manière à imposer un système de représentations. Cependant, ce système n’a rien de naturel ou d’universel, et en le proposant ses promoteurs usurpent les habits du sérieux scientifique. La science ne doit en aucun cas servir à conforter des préjugés et le devoir des scientifiques est de lutter contre la désinformation et contre les fausses utilisations du discours scientifique. Nous rappelons qu’aucune observation de la nature ne saurait avoir de prétention normative pour la société. Quelles que soient les conclusions scientifiques relatives aux origines des différences entre les hommes et les femmes, celles-ci ne doivent pas servir à légitimer l’inégalité entre les sexes dans nos sociétés et les inégalités ne doivent pas non plus être présentées comme des faits de la nature. La notion même d’identité sexuelle est structurellement humaine, et ne saurait donc être appréhendée par une approche seulement biologique. Il est donc inadmissible et vain d’instrumentaliser la biologie dans un débat concernant l’égalité sociale entre les individus, quels que soient leur sexe, leur identité ou leur orientation sexuelle. L’apprentissage de l’égalité ne peut se faire que par l’éducation et ce qui se passe dans la nature ne nous renseigne en aucun cas sur les décisions politiques que nous devons prendre.
En tant que scientifiques et citoyens, nous dénonçons fermement l’usurpation du discours scientifique pour imposer abusivement une idéologie inégalitaire. « 
Pour qui souhaite signer cette pétition, c’est par là.

« Mais qu’est-ce que vous avez les filles d’aujourd’hui? »

Mon voisin garagiste à qui je viens de demander de me montrer comment réparer moi-même ma voiture. « Mais c’est pas la peine, ne te salis pas les mains enfin ma jolie, c’est un job d’homme ça ! ». Je lui rétorque qu’on a pas toujours un homme sous la main et que de toutes façons j’ai envie d’apprendre à le faire moi-même. Une ombre de colère passe sur son visage: « Ah mais c’est dingue, qu’est-ce que vous avez les filles d’aujourd’hui? Si vous continuez comme ça dans quelques années il ne nous restera plus rien à faire à nous les hommes! » Et comment passer du sexisme bienveillant au sexisme hostile en deux secondes. Mais au moins après, il ne m’appelait plus chérie.

Polémique sur le genre: un rôle pour les biologistes?


Résumé d’un débat sur EvolFrance 

Un débat se déroule en ce moment même sur la liste de diffusion d’EvolFrance. Evolfrance, c’est une liste magique de diffusion sur laquelle les biologistes de l’évolution, entre deux manips, se lâchent sur des sujets de société (OGM, précarité dans la recherche, lutte contre le créationnisme, j’en passe et des meilleures). Les plus grands pontes comme de parfaits inconnus ont le droit à la parole, et c’est parfois épique, parfois absurde, mais toujours très instructif. Je vais tenter d’en dresser un petit bilan, de mon humble point de vue de biologiste.

Affiche des anti « dgendeurs ». Pas cool pour les escargots.

Depuis quelques jours, un sujet a été lancé par Laure Villate, qui s’interroge sur l’instrumentalisation de la biologie dans le débat du « dgender » à l’école. Pour revenir aux bases, les « études sur le genre » (ou « gender studies ») partent du principe que l’identité sexuelle et le genre (masculin/féminin) ne sont pas entièrement déterminés par le sexe biologique (mâle/femelle, chromosomes XY et cie), mais en grande partie par un ensemble de facteurs sociaux, culturels et économiques. Certains l’appellent la « théorie du genre » pour dénoncer cette séparation entre sexe (biologique) et genre (social) admise par les chercheurs, les acteurs du monde de l’éducation et beaucoup de gens. Les détracteurs de cette théorie utilisent de faux arguments biologiques et affirment parfois que cette distinction mâle/femelle serait immuable et inscrite dans le marbre (les gènes), tout en contestant la complexité de l’identité et de l’orientation sexuelle. Car ils craignent que cela ne perturbe les petits enfants dans la construction de leur identité sexuelle, et qu’ils ne deviennent hermaphrodites comme les escargots (post ici). Laure Villate s’interroge donc sur le rôle des biologistes de l’évolution dans ce débat, et se demande si l’on ne devrait pas mettre quelques points sur les i pour éviter une telle instrumentalisation de notre chère discipline. Des (nombreux) mails de réaction ressortent trois points de discussion principaux. 
Premièrement devrait-on se mouiller la chemise pour expliquer clairement que les données biologiques sont hyper complexes et ne peuvent pas être prises comme arguments ? Il est vrai que les simples chromosomes ne sont pas suffisants pour expliquer le sexe. Même en incluant toutes les sous-disciplines de la biologie (écologie, évolution, génétique, développement etc…), on n’est pas rendu pour expliquer la distinction mâle/femelle et la sexualité chez les animaux et encore moins chez l’homme (voir aussi ce petit article sur le darwi-sexisme). La réalité biologique (si elle existe, ce qui n’est pas gagné), ne serait donc pas un argument suffisamment solide pour justifier les différences sexuelles. Mais est-ce bien le problème ?
             L’affiche à peine un poil hystérique de France Jeunesse Civitas. J’ai mal à ma théorie.

 En effet, les détracteurs de la théorie du dgender prétendent surtout qu’il s’agit d’une idéologie déguisée. Une idéologie est un système d’idées relevant d’une croyance, donc non testable. Une théorie est un ensemble de notions testables et falsifiables, qui peut être remise en question. Au lieu de rentrer dans le débat de la réalité biologique, peut-être serait-il plus utile de rappeler que la théorie du genre (si elle existait) serait une théorie, et donc testable, et qu’en plus il s’agit surtout d’un concept. Mais certainement pas d’une idéologie. Et que pour l’instant c’est ce concept là qui permet de rendre le mieux compte de la réalité de l’identité sexuelle chez l’homme. Mais là encore, est-ce bien la clé du débat ?

A la fin, un mail a retenu mon attention. Je cite: « L’Homme a la chance (ou la malchance) d’avoir une conscience. Elle nous permet de nous poser des questions, de tenter de nous extraire de notre condition animale il me semble. Faisons des choix reliés à nos valeurs et non pas à une réalité biologique. Je ne dis pas qu’il faille renier notre réalité biologique, je dis juste que les choix de société doivent être fait sur d’autres bases». Personnellement ça me parle. Ne laissons pas les débats scientifiques obscurcir la vraie question : sur quelles bases devons nous choisir le monde dans lequel nous voulons vivre? La biologie? La science? Je ne crois pas. Si nous voulons d’une société progressiste, tolérante et libre, il est sans doute urgent d’arrêter de prendre la nature comme exemple et d’assumer nos choix. Les décisions politiques sont des décisions de société, et la science n’a rien à voir avec ça. Alors stop à l’hystérie et à nous de discuter posément de ce que l’on veut vraiment comme monde pour demain. Une société patriarcale où la cellule familiale classique serait érigée en modèle à suivre, ou une société tolérante et ouverte, où chacun peut vivre son identité et sa sexualité en toute liberté? Mon choix est vite fait.
P.
Articles ici et ici

 » Tiens, tu reviens du terrain ? « 

Ce qui est bien dans le monde de la recherche c’est qu’on peut quand même un peu s’habiller comme on veut. Enfin…c’est ce qu’on dit.  Est-ce bien aussi vrai que ça pour nous les filles ? Dans mon labo une blague circule à ce propos : « Tiens, tu reviens du terrain ?  » c’est la remarque anodine qui sort dix fois de suite à la pause quand une fille est habillée un peu tranquille, jean crade, chaussures de marche…

Sauf que parfois celle-ci répond : « Eh bah non en fait ! j’ai juste eu la flemme de chercher dans mon armoire ce matin ! » Voilà pour les filles. Et en y réfléchissant bien, les garçons sont aussi soumis à un certain dress-code, largement dominé par la célébrissime « chemise à carreaux ».

la fameuse chemise à carreaux du chercheur

Pas la chemise de bucheron canadien, ni la chemise US rouge et bleue à boutons nacrés, qui font un peu trop « Hipster ». Non, la chemise à carreau à l’ancienne, discrète, sur fond blanc, gris, bleu pâle…et surtout, ne jamais repasser ! Si vous venez, en plus, avec une veste à épaulettes et des chaussures en cuir cirées, vous risquez fort d’être accueilli par le classique : »Tiens, t’étais en réunion au Ministère ? « 

Un look cow-boy texan pour les chercheuses qui en ont la-dedans. Autres conseils de mode avisés à suivre !

Je ne suis pas charmante



Bon, ne me prenez pas pour une fille bizarre, mais je n’aime pas qu’on me dise que je suis charmante. Quand c’est mon mec ou un ami, bref quelqu’un que je connais personnellement, aucun problème bien sûr, je suis comme tout le monde, ça me fait plaisir. Mais quand c’est un collègue que je viens à peine de rencontrer? Un étudiant à qui je fais cours? Un gars dans la rue que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam? Et bien dans ces cas là franchement je me sens mal. Jusque là, je m’étais toujours dit que ce n’était pas normal de ressentir ça, et que je devrais me calmer, et être contente. Prendre ça comme un compliment au lieu de prendre la mouche. Mais depuis quelques temps, je me rends compte qu’un homme inconnu qui se permet de faire une remarque (même gentille) sur le physique d’une femme qu’il ne connait pas, ce n’est pas anodin (d’ailleurs l’inverse n’arrive presque jamais). En attendant d’avoir le courage de réagir sur le vif la prochaine fois que ça m’arrive, j’écris sur ce blog.

 Projet crocodile, une perle de blog qui dénonce le sexisme ordinaire

Premièrement, certains diront que c’est normal, c’est «galant», et que ça se fait partout, depuis toujours. Cela fait soi-disant partie des relations homme-femme. Pas de quoi fouetter un chat. Mais il y a un truc qui me chiffonne. D’abord ce genre de remarques «galantes», ne sont pas monnaie courante partout. Après avoir vécu en Amérique du Nord, où l’ambiance est beaucoup moins sexualisée qu’en France, je me suis rendue compte que je me sentais mieux en tant que femme, et beaucoup moins sur mes gardes. Jamais un collègue de boulot ne se serait permis de faire une quelconque remarque sur mon physique. Ce genre de sexisme bienveillant est en fait infantilisant et paralysant, car il joue encore et toujours sur les stéréotypes habituels, qui survalorisent notre physique et nous font douter de nos compétences professionnelles (quelques discussions sur le sujet ici et )
Ensuite, il y a les éternelles blagues de cul. Les blagues à connotation sexuelle, il y en a partout en France, tout le temps, surtout au boulot. D’abord, ça vous masculinise une ambiance au quart de tour, et les filles sont exclues d’emblée de la conversation. Car face à une blague de cul, vous êtes fichues : 1) si vous ne dites rien, vous passez pour une prude 2) si vous rentrez dans le jeu, vous êtes une salope (oui oui, c’est du vécu), et 3) si vous ne rigolez pas et si vous faites une remarque, vous passez pour une rabat-joie qui n’a pas d’humour. Résultat, vous n’avez aucune porte de sortie, à part vous taire ou partir, et les laisser décider de qui a la plus grosse. Des travaux récents ont d’ailleurs souligné «l’humour comme rappel de la domination masculine» Cette analyse peut être étendue à bien des professions. Les blagues sexuelles des hommes entre eux relèvent souvent d’une banalisation ou d’un renforcement des différences entre sexes, d’une survalorisation de leur sexualité, ou du moins de ce qu’ils considèrent comme telle. «L’humour sexuel ou grivois joue aussi de façon efficace un rôle d’éviction de potentielles candidates au métier qui ne seraient pas suffisamment «aguerries» et jugées aptes à partager la sociabilité masculine» (dossier  ici).

 
Combien de fois on vous l’a sortie celle-là les filles?
Pour ma part, je partage pleinement cette analyse. Dans tous les labos où je suis passée et où j’ai travaillé, j’ai passé (et échoué) ce rituel initiatique où la capacité des filles (et des mecs aussi!) à surenchérir ou à rentrer dans le jeu grivois est testée, comme une preuve de sociabilité et d’adoption des codes locaux. Mais moi, en tant que femme scientifique, je ne veux pas de ces codes là. Je veux un labo où on peut parler de science et mettre des jupes et des bottes sans se prendre des blagues sadomaso. Où il n’y aurait plus de commentaire sur le physique des stagiaires. Où on pourrait parfois parler de sciences avec des gars en tête à tête sans se prendre des blagues salaces en revenant du rendez-vous (du vécu, et dans plusieurs labos). Car quand il n’y a plus de blagues de cul ni de remarques « galantes », et bien franchement, on se sent mieux. Parce qu’on peut enfin respirer, prendre la parole, et être nous-mêmes, sans être encore et toujours des filles avant d’être des scientifiques. 
Pourtant bien sûr, la plupart des mecs qui font des remarques galantes ou des blagues de cul ne pensent pas à mal, bien au contraire. Ils veulent détendre l’atmosphère, et parfois croient même  nous faire plaisir en nous disant que l’on est « jolies » ou « charmantes ». Mais moi, franchement, ça ne me détend pas du tout, et je trouve ça souvent déplacé, et je ne suis pas la seule. En réalité, je me sens immédiatement ramenée à ma condition de fille, vulnérable et qui ne peut rien dire et seulement sourire bêtement. Parfois même, en particulier dans la rue ou les transports en commun, je me sens franchement mal, voire une proie potentielle. Je sais que je ne devrais pas, et que je devrais juste répondre du tac au tac, ou remettre les mecs à leur place. Après tout, je suis une femme forte, non ? Mais en fait ce n’est pas si facile. Pour une raison toute bête. Le danger existe, et pas que dans nos têtes. Le monde du travail et surtout l’espace public sont encore loin d’être égalitaires, en témoigne cette fameuse caméra cachée à Bruxelles qui a fait le buzz (Bruxelles quoi, hallucinant). Et il y a vraiment des connards qui n’en restent pas à la galanterie. Moi-même, comme beaucoup de filles je me suis déjà fait peloter dans le métro. Et vous savez quoi? Malgré mes grands discours sur l’indépendance féminine, comme quasiment toutes les filles, quand ça m’est arrivé, au lieu de gueuler, je n’ai rien réussi à dire. Je me suis même dit que j’avais du être invitante sans m’en rendre compte. Je me suis sentie humiliée et je me disais que ça ne valait pas la peine d’en parler. Mais en lisant de multiples blogs et témoignages similaires, je me rends compte à quel point cela arrive à tout le monde, et à quel point cela est central dans l’entretien des inégalités homme-femme. 
Car oui, en tant que femmes, même si on nous affirme que l’on peut faire ce que l’on veut, on est en fait réellement obligées de faire attention à la façon dont on s’habille et dont on se tient, sous peine de se faire juger et insulter, voire de se faire agresser. Bien sûr dans le monde du travail et dans la rue on ne court pas les mêmes dangers, mais le principe est le même. Quand les mecs se sentent libres de commenter nos physiques et de faire des blagues, c’est un éternel rappel de notre vulnérabilité et de notre statut de potentiel objet sexuel, et croyez nous, on n’a pas besoin de ça. J’ai bien conscience que la grande majorité des mecs ne sont absolument pas comme ça et sont plus que corrects et respectueux, mais juste à cause de quelques-uns qui ne le sont pas, ce genre de climat continue à faire peser sur les filles une tension qui les empêche de prendre la parole, et d’être pleinement libres de se comporter comme elles le veulent, et il est temps que ça cesse. Car le féminisme et l’égalité homme-femme ce n’est pas qu’une affaire de filles qui protestent, c’est aussi une affaire de mecs qui nous respectent.
P.
PS: je salue tous ces blogs et sites qui permettent de relayer les expériences de harcèlement qui nous pourrissent la rue, et les filles qui ont le courage de raconter ces moments pénibles et humiliants, qui parfois ne paraissent pas si graves mais ne sont pas anodins. Parce que oui, la France est encore un pays très macho, et parfois on en peut juste plus (ce qui explique le ton familier et un peu énervé de ce post, désolée mais ça fait du bien).