Y’a pas que la science dans la vie : trouvailles #4

Un article intéressant sur féminisme et maternité sur Tout à l’Ego, le blog de Sophie Gourion.

Ci-dessous, le premier prix du concours EgalitéE 2014 organisé par la ministère des droits des femmes. Les autres lauréates ici.
Marina et Valentine, Paris.

Un tout jeune tumblr qui met la patate, à consulter en parallèle des témoignages de harcèlement dans l’espace public (par exemple ici, ici, et ) : fight back!

Sur le même thème, lisez aussi le Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire, aux éditions Zones, accès libre en ligne.

Et enfin, une suggestion bien tentante pour rétablir la place des femmes dans l’espace public : casser la gueule aux aggresseurs, voire aux gros emmerdeurs.

A vos filles, nièces, filleules et autres petites filles de vos vies, offrez le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses.

Après l’Homme au pistolet d’or, voici venue… la femme au pistolet rose ! Hourra, les marchands d’armes se mettent au design Girly. Et du char d’assaut Barbie au bazooka Petit Poney, il y a encore plein de possibilités !

Allez faire un tout sur Les 400 culs, le blog d’Agnes Giard, ou sexe et féminisme font bon ménage. Toujours très intéressant et bien documenté.

Attention! La fac de droit de McGill (Canada) est remplie de féministes!!

Et sinon, je fais de la politique. Un tumblr édifiant, alimenté par les témoignages de sexisme de femmes engagées.

#itooamharvard : les étudiant-e-s noir-e-s de Harvard témoignent du racisme au sein de la prestigieuse université.

Quinze portraits de femmes de science par divers artistes, sur le site du Scientific American.

Comment obtenir une augmentation en 47 secondes. Et c’est une vidéo norvégienne…

Pour une carrière boostée, optez pour les nénés !

La fast science se doit d’être sexy ! Heureusement certains s’y emploient, et au sens propre…Mais le résultat est plutôt crasseux. Les filles mignonnes et peu vêtues, ça fait vendre, la publicité le sait et s’en sert depuis des lustres. Les chercheurs, qui se doivent eux aussi d’apprendre à vendre leur cul QI au plus offrant, l’ont bien compris, qu’il fallait être sexy, et notamment dans les domaines ultra compétitifs comme la biologie moléculaire.

Or donc, des chercheurs étudiant le protéome du lait de coco n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’illustrer leur article, publié en 2012 dans un journal scientifique de renom (Journal of Proteomics) par la photo d’une donzelle, tout en faux ongles et blondeur californienne, armée de deux grosses noix (de coco) plantées de pailles. Ainsi, deux pina colada bien généreuses placées devant ses seins qu’on ne peut donc qu’imaginer, elle sourit.

Explicit graphical abstract

La voici en image…Efficace, non ? Leur hommage, en conclusion de l’article, à « Coconut woman », un morceau de l’artiste noir américain Harry Belafonte ne change rien à l’affaire. (Bien essayé mais hors sujet, puisque cette chanson parle des femmes qui vendaient des noix de coco dans les caraïbes des années cinquante, et on imagine bien qu’elles avaient une autre allure). La photo a été retirée il y a quelques jours du site de l’éditeur, suite à un buzz (voir ici) et des réactions dans la twittobloggosphère ces jours derniers (l’histoire plus en détail ici, et ) . Une autre photo a aussi été retirée, qui illustrait un article sur le protéome du miel par deux nanas sur fond nid d’abeille… Il semblerait que le chercheur incriminé adore les graphical abstracts, il part dans tous les sens, et les photos kitch de femmes sexy n’y sont pas omniprésentes. Ça n’empêche…que ça reste d’assez mauvais goût (…contrairement à la pina colada, me direz vous).



Comment conclure ? Allez changeons de camp pour voir. Tout ça me donne une idée. Ce type d’illustration pourrait devenir un motif récurrent voire même obligatoire dans les journaux qui comptent. Ceux dans lesquels il faut publier pour être visible, cité, coché, téléchargé, pour charger son h factor, son potentiel d’embauche, sa compétitivité personnelle sur le marché mondial de l’emploi scientifique ! Alors pour parler d’oiseaux, on mettra une danseuse de cabaret habillée d’une seule plume d’autruche,  pour les poissons des sirènes dénudées, ou alors des morues un peu grasses…pour la nouvelle molécule anti-cancer, des infirmières en petite culotte,  pour une analyse du conflit en Ukraine, Xena la guerrière en cuir…Et sur le fronton des facultés on pourra lire  : Vous voulez une chaire ? On veut voir de la chair ! Bon. Puisque c’est comme ça je me remets à mon plan de thèse. Je vois déjà d’ici plantée sur la couverture, une jeune femme nue dans un tas de feuilles.

Y. 

ps  : un des éditeurs a répondu à une demande de rétraction qu’il ne trouvait pas ces images sexistes, et qu’un homme aurait aussi bien pu être représenté. Mais c’est difficile d’être d’accord avec lui. En effet à titre exemple, quand on tape le mot « sexy » dans notre moteur de recherche préféré, on tombe sur une immense majorité de filles sans rien à se mettre, dont un certain nombre allongées ou à quatre pattes. Il y a donc encore des progrès à faire vers l’égalité. Heureusement on tombe aussi sur…Ryan Gosling torse nu. Donc tout n’est pas perdu.

Un peu d’inspiration

The physicist Sally Ride, Credit: © Andrea Del Rio. Source

Pour une fois je vais commencer par l’image. Elle a pas la classe cette Sally Ride? Physicienne, astronaute, éducatrice, première femme Américaine dans l’espace. Mais aussi confiante, souriante, et féminine. Alors c’est vrai, on aurait le droit d’être comme ça? Je veux dire scientifique ET femme? Mais sans être triste et à l’article de la mort comme Marie Curie? (no offense Marie Cu, mais bon, mourir pour la science c’est pas mon intention). Voire même être scientifique, femme ET heureuse? (oh là j’en demande beaucoup là). Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me fait chaud au coeur de voir cette image, et je réalise encore plus combien l’on manque de modèles féminins dans nos métiers. Oui on en a beaucoup parlé dans ce blog, de ce manque de modèles auxquels on pourrait s’identifier, du manque de relai des médias, de la sous représentation des scientifiquEs dans l’espace public médiatique. Tout cela pèse réellement sur notre façon de nous projeter, sur nos ambitions, nos espoirs. Mais si un travail de fond est nécessaire, je crois aussi que certains coups de pouce sont singulièrement efficaces. Cette simple image par exemple, ou le fait de dire autour de nous et à nos étudiants combien la science c’est cool (le site I fucking love science m’a aidé plus d’une fois à ne pas abandonner ma thèse, en plus c’est une fille qui en est l’auteure), et puis tenir le coup, accessoirement. Car si Sally Ride peut le faire, pourquoi pas nous? Pour plus d’images de femmes scientifiques qui ont la classe et vous reboostent, je vous invite donc à lire cet article du Scientific American sur l’expo qui se tient bientôt à Austin. Après tout, on a tous besoin de sources d’inspiration (mais sans barbe de préférence).

Girl power!

P.

Métro Montréalais

A tous ceux qui me demandent encore pourquoi je suis féministe, ou qui trouveraient que le ton de certains posts est un peu acerbe. Montréal, ligne verte. Un vieux beau vient se frotter à moi dans le métro. Pour certains, je suis encore un objet sexuel avant d’être moi-même. Nous sommes le 14 mars 2014, dans un des pays censés être à la pointe du progrès social. Tout est dit.
P.

Les mecs qui nous plaisent…et ceux qui nous emmerdent

J’ai une amie en école d’archi. On se raconte nos histoires de cœur, et dans l’océan de la diversité des attirances, il nous arrive de parler de mecs. Il y a ceux qui nous plaisent, et à qui on n’ose pas le dire, peut être parce qu’on a pas appris à faire le premier pas…et que maintenant on se sent comme handicapées. Alors on partage, on se donne du courage pour leur dire ce qu’on pense à ces mecs malins, charmants, humains, avec qui on pourrait s’imaginer faire un bout de chemin.
Et puis  il y a aussi ceux qui nous emmerdent, profond, qui nous cassent les…Oups. Ne soyons pas vulgaire, très chère. D’où sortez vous ce caractère ? Mon oeil. Vulgaire, si je veux. Donc il y a cet emmerdeur, là, qui coupe systématiquement la parole aux filles quand elles proposent des idées. Celui qui a collé une photo de pin-up dans la salle commune. Ceux qui racontent des blagues porno de base dans la plus pure tradition des femmes objets au déjeuner. Et puis cette habitude qui consiste à jouer à humilier les filles qu’ils trouvent jolies. Ou encore dans leur dos les professeures, parce que là bon, on ne peut pas le faire en face. Tout ça, c’est pour rire bien sûr et ils s’amusent bien d’ailleurs ! Pendant ce temps là, nous on partage et on tâche d’en rire et de s’en moquer, et ça nous aide à trouver le courage pour leur dire, à eux aussi…ce qu’on en pense.

Y.

Pétition Genre et biologie : contre l’usurpation du discours scientifique

Nous relayons une pétition proposée par un collectif de chercheurs en biologie et philosophie de la biologie, que l’on peut signer ici. Science et politique ont toujours partie liée à des degrés divers. C’est vrai pour la biologie comme pour d’autres disciplines. Comment expliquer sinon que les énoncés scientifiques puissent eux-mêmes reconduire des stéréotypes ?
Il n’empêche, comme P. en parlait dans son billet sur le « Darwi-sexisme » nous considérons qu’il est inadmissible de prendre des prétextes biologiques pour justifier de discriminations entre hommes et femmes…
et notamment dans le milieu académique. Porter des enfants dans nos ventres ne nous empêche pas de produire des concepts avec nos têtes ! 
Y.
Athéna, chouette sponsor pour la sagesse !
Le texte de la pétition reproduit ci-dessous.
« Suite aux débats concernant l’introduction des notions d’identité, de rôles et de stéréotypes sexuels dans les programmes de lycée puis de l’ABCD de l’égalité à l’école, le mot genre est peu à peu banni des ouvrages pédagogiques comme des discours ou des rapports politiques. En balayant ainsi d’un revers de main un champ d’étude riche de plusieurs décennies de travaux, le gouvernement choisit visiblement de satisfaire les revendications arbitraires d’un groupe de manifestants. Nous, enseignants et chercheurs en biologie et philosophie de la biologie condamnons ce marchandage du savoir avec des groupes de pression au mépris des connaissances scientifiques actuelles. 
Les opposants au concept de genre avancent très souvent des arguments à prétention biologique pour appuyer leur propos. Ils construisent leur discours sur une supposée différence essentielle entre hommes et femmes, qui viendrait fonder un « ordre naturel ». Ils appuient leurs idées sur des faits réels ou imaginaires, le plus souvent abusivement décontextualisés, extrapolés ou généralisés. En plus d’être naïve, une telle interprétation de la biologie est malhonnête et démagogique. Les connaissances scientifiques en biologie ne nous permettent en aucun cas de dégager un quelconque « ordre naturel  » en ce qui concerne les comportements hommes-femmes ou les orientations et les identités sexuelles. 
Ces organisations caricaturent les études de genre, dénonçant une hypothétique conspiration qui viserait, entre autres, à nier toute différence entre les individus ou à détruire la famille. Pourtant, le fait d’analyser les constructions sociales qui entourent la différence entre les sexes n’implique en aucun cas de nier la réalité biologique du sexe. De même, s’il y a effectivement des différences biologiques entre les hommes et les femmes, les sociétés humaines ne se réduisent pas à la biologie de l’espèce. Les sociétés humaines sont le résultat complexe de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux ; c’est ce qui explique, d’ailleurs, que les études portant sur l’identité et l’orientation sexuelle ou sur les inégalités sociales entre les sexes relèvent de champs académiques diversifiés tels que la sociologie, l’anthropologie ou la philosophie, mais aussi les sciences biologiques. Aucune discipline ne saurait donc revendiquer la prétention de totaliser les études sur un objet aussi vaste et complexe.
Enfin, les opposants au concept de genre tentent insidieusement de déplacer le débat du champ de la politique à celui de la biologie, de manière à imposer un système de représentations. Cependant, ce système n’a rien de naturel ou d’universel, et en le proposant ses promoteurs usurpent les habits du sérieux scientifique. La science ne doit en aucun cas servir à conforter des préjugés et le devoir des scientifiques est de lutter contre la désinformation et contre les fausses utilisations du discours scientifique. Nous rappelons qu’aucune observation de la nature ne saurait avoir de prétention normative pour la société. Quelles que soient les conclusions scientifiques relatives aux origines des différences entre les hommes et les femmes, celles-ci ne doivent pas servir à légitimer l’inégalité entre les sexes dans nos sociétés et les inégalités ne doivent pas non plus être présentées comme des faits de la nature. La notion même d’identité sexuelle est structurellement humaine, et ne saurait donc être appréhendée par une approche seulement biologique. Il est donc inadmissible et vain d’instrumentaliser la biologie dans un débat concernant l’égalité sociale entre les individus, quels que soient leur sexe, leur identité ou leur orientation sexuelle. L’apprentissage de l’égalité ne peut se faire que par l’éducation et ce qui se passe dans la nature ne nous renseigne en aucun cas sur les décisions politiques que nous devons prendre.
En tant que scientifiques et citoyens, nous dénonçons fermement l’usurpation du discours scientifique pour imposer abusivement une idéologie inégalitaire. « 
Pour qui souhaite signer cette pétition, c’est par là.

What works for women at work, de Joan Williams et Rachel Dempsey

Au fil de mes pérégrinations sur la toile, j’ai lu un article quelque part sur le livre « What works for women at work » de Joan C. Williams et sa fille Rachel Dempsey. Et puis je suis tombée sur ce court podcast dans lequel les deux auteures discutent de leur ouvrage sur la radio NPR (US). Je les ai trouvées super et ça m’a donné envie de le lire, alors en attendant de trouver le temps (=dans 10 ans) je vous rapporte ce que j’en ai entendu.

What works for Women at Work : un guide de survie en milieu professionnel sexiste?

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Ecrire … drôle de cuisine


Comment vais-je faire pour écrire ma thèse (un texte qui fera surement au moins 300 pages) ? Voici le chemin que je compte emprunter. Cela demande d’abord d’imaginer qu’on se trouve plongés dans le monde comme dans une pâte feuilletée un peu sucrée. Vous y êtes ? Bien. Ainsi donc il est nécessaire d’abord de se détendre. Puis de s’étendre, de se répandre. Ensuite à travers ce champ étalé, entre les grains aller au but, tailler sa route dans la matière des mots. Tracer des formes à l’emporte pièce. S’y consacrer, s’y construire patiemment. Puis cela se décante. Laisser poser, gonfler, prendre tournure.
Patti Smith, poète et femme puissante
Écrire est un art culinaire. Concocter cuire, confectionner. Dresser une liste, un sommaire, comme on dresse la table et le menu. Se nourrir des écrits des autres, puis les digérer. C’est aussi un art potier car en lisant le monde on se forme.On se donne une forme. Cela tient également de la menuiserie : un texte s’articule entre blocs et chevilles. Citons enfin la couture : liaisons, broderie, argumentaire cousu. Page blanche comme un drap. C’est un voyage sinueux dans le labyrinthe des mots, où le fil conducteur permet la survie. L’escalade d’une paroi escarpée. Un écrit est une trace laissée dans l’espace de la pensée, c’est toujours le résultat d’un itinéraire particulier.
Gravure anatomique : entre texte vivant et corps représenté (Gautier, 1754)
Jusqu’au cœur des sciences les plus dures, écrire un texte est toujours une action personnelle. Alors, comme j’en parlais déjà il y a quelques temps pourvu que cela se sente ! Que le texte se mue en un ensemble vivant, d’organes reliés par une structure rythmique d’espaces et de liens. Entre condensations et développements, c’est bien le corps du texte, qui respire, qui danse. C’est donner vie à un édifice de chair lexicale, irriguée, structurée par le rythme, le son et le sens. Je change chaque jour de stylo mais la couleur persiste, le rouge, toujours, la couleur du jour naissant, car il s’agit de comprendre, d’éclairer ce qu’il y a entre soi et le monde autour. La lumière qui se fait par les mots qui sortent d’une bouche. J’assume de transmettre la vie. J’aime donc en moi celle qui écrit (j’aurais pu dire celui), posément et passionnément, d’émotion contenue mais sans s’étouffer, sûre de sa cible. L’écriture vivante…
Y.


Le poumon et le coeur, 1754, par  J.Gautier. Planche XIV de l’Anatomie des Viscères
Exposition « Anatomie de la Couleur », Bibliothèque Nationale, 1996

Y’a pas que la science dans la vie : trouvailles #3

Une illustration rigolote du syndrome Godzilla, dont on parlait ici.
Une belle liste bien ridicule de produits genrés. Mention spéciale au microscope pour fille.
Un article d’Acrimed sur les « conseils aux hommes qui veulent avoir une attitude féministe » par Valérie de Crêpe Georgette, et sur le traitement médiatique qui leur a été reservé.
Aux grands hommes la patrie reconnaissante : le Panthéon, les femmes et l’histoire sur le blog Le mauvais genre.

Pourquoi les femmes sont-elles nulles dans certains métiers (au hasard sciences, arts, politique) : les explications éclairées de quelques hommes, sur Mother Jones.

Le Women’s Media Center a sorti son rapport 2014 sur le statut des femmes dans les médias US (pdf). Très bien fait, hyper instructif,  jetez-y un oeil.

Représentativité sur la Une du New York Times.

En France, on n’est pas bien mieux lotti-e-s : le collectif de femmes journalistes Prenons la Une publie un manifeste dénonçant la sous-représentation des femmes dans les organes de presse et le sexisme du milieu.

SheDocs, un festival de documentaires en ligne : 12 documentaires sur des parcours de femmes à visionner gratuitement (sur le site ITVS, The Independent Television Service). En anglais.
Florilège de commentaires sexistes aux JO : rions un peu avec la chronique de Didier Porte.

Un essai sur la neutralité en sociologie (mais pas que), sur le blog Une heure de peine.

La femme est une invention du 18ème siècle ! par Agnès Giard sur le blog Les 400 culs.