Awards for Young (male) Scientists

Je viens de recevoir une annonce pour les prix scientifiques regionaux (New York New Jersey Connecticut) de la Blavatnik Family Foundation, pour jeunes scientifiques. Allechee par les $30000 Curieuse, je jette un oeil sur le site. Voici la photo des laureats 2013 :

2013 Awardees

Vous remarquez un truc?
Blavatnik-la-parité! (oui c’etait facile -et un peu moche. Comme cette photo).

M.

Des jeux pour futures ingenieurEs

Une video bien rafraichissante a l’approche de Noel, quand se profilent a l’horizon l’overdose de jouets sexues – la cuisiniere pour faire comme maman, le marteau pour faire comme papa- et la surdose de rose dans les allees « filles » des magasins de jouets.

 

Goldie Blox cree et vend des jeux « pour futures ingenieur(e)s » clairement destines aux petites filles. Dans un monde ideal on n’aurait pas besoin de marketting specifique pour vendre des jeux bricolo a l’un ou l’autre sexe, mais ce temps n’est pas près d’arriver pas encore venu et je trouve que dans l’etat actuel des choses (11% des ingenieurs dans le monde sont des femmes – c’est sur leur site: http://www.goldieblox.com mais je n’ai pas verifie la source-), l’initiative est plutot enthousiasmante. Non?

D’ailleurs tout ca me rappelle cette autre video :

Riley trouve ca injuste que les filles n’aient que des trucs roses de princesse. Et elle a raison!

M.

Sortir les sens du placard

L’intuition féminine, entre la maison et la vitrine…
 

Le domaine scientifique, le plus « cartésien » de tous, est il aussi l’un des plus ..masculin ? Par là je ne veux pas dire… peuplé d’hommes. Le domaine artistique est aussi très masculin, comme tout domaine traversé de personnages publics et paré de prestige. Le domaine scientifique peut être considéré comme particulièrement masculin, oui, plus que d’autres, parce que les objets, faits, pratiques scientifiques se fabriquent en mettant de côté tout ce qui touche à la « sensibilité ».

En effet la pratique scientifique – à l’exception faite de quelques disciplines qualifiées de molles, comme l’histoire et l’ethnologie – rejette tout ce qui nous vient directement par les sens, autrement dit par le corps, ou en tout cas bricole pour faire avec, en le passant sous silence. Tout cela est biaisé (c’est le mot qu’on employe) et doit être filtré par une somme de procédures et d’appareils.

La sensibilité, part féminine de l’être ? La modernité cartésienne, qui a donné naissance aux sciences telles que nous les pratiquons aujourd’hui, a en se construisant, poussé aux orties (ou plutôt, dans les maisons et les vitrines) toutes les qualités qualifiées de féminines. Le corps (féminin) à ainsi été soumis par l’esprit (masculin), l’intuition (féminine) par la raison (masculine). Mais y-a-t-il un esprit sans corps, une raison sans intuition ? Ce dualisme asymétrique construit une pensée bancale, handicapée, qui avance à cloche pied.

Le corps nié (tapi dans l’ombre) est remplacé par la machine. A « l’animal machine » cher à Descartes, répond donc le chercheur mécaniste. D’abord mécanicien les premiers temps, encore artisan, et de plus en plus depuis quelques temps…travailleur à la chaine. Les procédures standard et la spécialisation des tâches stérilisent la pensée. Nous tendons à être des cerveaux en bocaux branchés sur des chaines de montage. En avez-vous envie ?

Quant à moi, qui suis une femme – mais surtout, une personne, qui estime que la pensée passe aussi par les sens, et par le corps, comment me faire entendre ? Je marche vers la limite. J’adopte l’une des seules positions (très marginales) qui me permet d’exprimer quand même, en toute légitimé, cette sensibilité (qu’en tant que femme j’ai eu la chance de pouvoir conserver, bien vivante, en mon sein) tout en participant au progrès collectif des connaissances, et tout en conservant un accès à la parole publique. Et ça n’est certes pas facile. Mais je ne quitte pas l’arène.

Y. (Un premier essai, à poursuivre ! )

Dans le flot… … des mots … … …


On voudrait …On voudrait une somme, sommation, une baguette magique en première impression, à froid, qu’est ce que ça vous dit, la première pensée qui vous vient, le miracle au bord du chemin. Les trous dans les rideaux et les taches sur les draps. Voilà ce qui me vient. Et vous ?

La mer dense et glacée, un bateau qui mugit, les vagues gourmandes chez le marchand qui lèchent la glace dans les vitrines, qui lèchent leur reflet dans la vitrine.

Dans la vitrine du BHV. Le corps penché d’une femme sous un canapé. Elle passe la poussière, dessous, et monsieur, lui, est assis dessus…il se repose…est-ce de l’humour ?

On devrait toujours commencer par ça, par écrire les premières phrases qui passent et se plonger dans le flot, après ça vient tout seul, mais ce qui vient, ça, on ne le sait pas d’avance. D’avance non, on ne le sait pas. J’ai envie de tourner la page, mais je n’ai pas encore fini de l’écrire, la page en question. Est-il toujours besoin de répéter, première sommation, deuxième sommation, avant de tirer le rideau sur soi et de disparaître pour de bon ?

L’incohérence est notre seule liberté. Disent-ils dans  Des nouvelles du bon Dieu*. Je suis de cet avis. Je sais que j’existe, et ça n’est pas parce que je pense, non, mais bien plutôt parce que je rêve, parce que le flot m’échappe et m’engloutit. Je crée, moi aussi. La boucle se poursuit. Moi aussi ? Moi surtout. Pour les autres je n’en sais rien. Le seul flux que je perçois bien est le mien.
Y.
*un film foutraque de Didier Le Pêcheur (1995) où les personnages se demandent s’ils sont bien réels ou seulement vivants dans un roman ?

Féministe ou fumiste ?


Rien de tel que d’annoncer que vous êtes féministe pour ruiner un début de soirée. Ca marche à tous les coups. La première réaction des gens en général, c’est l’incrédulité. Ca se manifeste souvent par silence gêné, des yeux de merlan frit et quelques bégaiements hagards sans doute issus du conflit intérieur entre ma gueule de fille discrète qui n’aime pas trop faire de vagues (cette dernière caractéristique dépendant fortement de mon taux d’alcoolémie cependant), et l’image qu’ils se font d’une féministe, aigrie et beuglante.

Personnellement j’étais plutôt naïve quand je me suis mise au féminisme il y a quelques années, mes icônes étaient Simone de Beauvoir et Simone Veil, et je ne comprenais pas trop le problème que le mot « féministe » posait aux gens. Puis j’ai réalisé que aujourd’hui, une féministe est représentée comme une fille acariâtre, poilue et mal baisée qui déteste les mecs (si elle peut en castrer quelques uns en route, elle le ferait volontiers). Moi qui étais restée à la définition de base du féminisme: vouloir l’égalité homme-femme. Que nenni. Aujourd’hui, être féministe est souvent associé à vouloir la suprématie féminine et en vouloir à tous les mecs. Bref à reporter ces revendications au niveau personnel (un ami m’a d’ailleurs demandé récemment si c’était parce que je venais de casser avec mon copain que je m’étais mise à faire ce blog, sympa le pote…). Evidemment il y eu des mouvements féministes borderline du côté anti-mec. Mais en réalité cette mauvaise image du féminisme qui nous dessert toutes fait bien l’affaire de ceux qui ne préfèrent pas entendre parler de la question d’égalité. Alors je reste persuadée que si on est pour l’égalité homme-femme, plus on dira autour de nous que l’on est féministe, plus on contribuera a dé-marginaliser et dé-dramatiser ce mouvement qui à la base, est simple comme chou.


 Ceci étant dit c’est plus simple à dire qu’à faire et je n’ai pas encore proclamé mon féminisme aux gens de mon labo, hein, donc je ne jette la pierre à personne. En réalité je ne sais pas bien pourquoi je ne le dis pas. J’ai peur de faire la fille trop revendicatrice, ou de passer pour une victime. Ou une fille bizarre. J’assume pas encore quoi. En soirée c’est plus facile. Après la première phase d’incrédulité, mes interlocuteurs (et -trices hein, yen a pour tout le monde) tentent généralement de comprendre mes motivations, mais tout en restant à distance (on sait jamais, au cas où je morde). En général, cela passe par une première étape de tests. Du genre: « mais ça sert à rien ton truc, avec la parité, les nouvelles lois, c’est bon, ya plus qu’à attendre, on est plus en 1960″. C’est dit avec plus ou moins de tact, mais dans le fond c’est l’esprit. Heureusement, avec quelques chiffres c’est facile d’argumenter sereinement (voir notre antisèche en cas de trou de mémoire).
En réalité ce qui est dur, les filles, convenons-en, c’est de rester calmes, et rationnelles, quand on parle de notre situation, de nos questionnements, et des injustices qu’on a vécues, vues, entendues (voir quelques témoignages), partout, tout le temps, mais qui ne sont pas toujours écoutées à leur juste valeur. Nous en faisons l’expérience avec ce blog, c’est parfois délicat de garder notre self contrôle et de rester suffisamment mesurées pour être constructives. Mais c’est justement parce que ce sont des questions essentielles, intimement liées à notre condition de femme, à notre identité propre, et qui dépassent le simple jeu d’idées que c’est si dur de rester calmes. Décider d’investir dans nos carrières ou notre vie personnelle? Assumer notre féminité dans le monde du travail? Résister au paternalisme ambiant sans passer pour une hystérique? Réagir aux remarques et blagues sexistes qui pavent notre quotidien? Tout ça c’est du lourd pour nous, et c’est parfois dur de rester zens quand on en parle. Alors parfois j’ai recours à ma botte secrète. Je respire un grand coup, et je repense à la réaction admirable de l’astronome Meghan Gray qui a su calmement exposer ses critiques constructives face à la fameuse vidéo outrageuse de l’UE sur les filles et la science. Ouf, ça fait du bien!

Mais il y a encore la question de savoir si s’intéresser à ce type de question féministe ne fait pas de nous d’éternelles chieuses qui se victimisent et râlent au lieu de travailler pour faire avancer nos carrières et montrer qu’on peut le faire aussi bien que les mecs. Honnêtement, je me pose souvent la question. Quand je suis en train d’écrire cette ligne au lieu de rédiger la discussion de mon article sur les mécanismes de maintien du polymorphisme en environnement variable, jme sens un poil coupable et il est fort probable que je sois en prise en flagrant délit de procrastination féministe. Mais en réalité, écrire ces lignes me procure l’intense satisfaction de faire quelque chose (même si c’est pas grand chose). Non pas juste pour moi et ma carrière, mais pour nous, les filles scientifiques. Bon c’est sûr, ça casse pas 3 pattes à un canard (coincoin), et c’est une mini-goutte dans l’océan, mais à notre petite échelle de femmes précaires de la recherche, c’est ce qu’on peut faire de plus utile selon moi. Partager nos impressions, car je suis persuadée que c’est à force de parler ouvertement et de se revendiquer féministe que les choses avanceront (bon euh, j’écris la discussion de mon article scientifique demain quand même hein).
 
Car pour ceux de mes amis qui ne se sont pas encore détournés de la conversation à ce moment clé d’une soirée où les premières méfiances se sont envolées, s’ensuivent en général des discussions vraiment cools sur ces fameuses inégalités et sur ce qu’on peut faire. Et surtout sur nos biais intérieurs et les choses qui nous retiennent dans nos carrières en tant que filles. Et franchement, je suis soulagée de constater que je ne suis JAMAIS la seule à m’être posée ces questions, et que tout le monde a toujours des points de vue hyper intéressants sur le sujet. Car le problème ne vient pas du questionnement féministe, mais seulement des stéréotypes associés à ce mot. Moralité: don’t give up et clamez votre féminisme à tout va! On vous regardera de travers au début, puis on vous écoutera. Ca en vaut la peine!

P.

*quelques blog ici, et , et des tumblr ici et autour de cette question.