Ecrire à l’écran

Tisser les mots comme le chanvre ou le lin.
Texte tissu, sens rapiécé, paré des lambeaux choisis d’anciens costumes
qui lui donnent plus de corps et de coffre.
 
Croiser les fers, serrer l’osier autour du cadre.
Texte panier, où le sens s’installe comme un chat
en tournant d’abord sur lui-même quatre fois.
Y.

La suprématie de la bite

Ce matin en parcourant le monde (le journal, hein, j’étais tranquille chez moi) j’ai failli vomir sur mes bagels en lisant ce titre : ‘343 salauds réclament leur droit aux prostituées’… Pas besoin d’en lire plus pour atteindre le summum de l’indignation. Le manifeste des 343 salopes est un symbole du féminisme, un acte qui a demandé un courage et un engagement admirables de la part de toutes les signataires, pour revendiquer le droit des femmes à disposer de leur corps. Et voilà qu’une bande de types prennent un plaisir évident  à chier sur ce symbole en l’utilisant pour revendiquer -quel courage, quel engagement!- leur droit à disposer du corps des femmes. Signé par, tenez-vous bien, l’élite intellectuelle de notre beau pays, Beigbeder, Zemmour et l’avocat de Strauss-Kahn…  

J’ai du mal à prendre position sur l’abolitionnisme* , je pense que c’est une question extrêmement complexe qui ne se satisfait pas d’un débat de comptoir, ou de p’tit dej. Ceci dit quand une bande de riches hommes blancs prend son courage à 2 mains pour défendre leur droit au sexe tarifé sous le slogan ‘Touche pas à ma pute’ (ben oui c’est leur pute, ils l’ont payée), ça fait plutôt pencher ma balance côté abolition, et pénalisation des clients (précisément ce qui a déclenché leur courageuse revolte militante). J’espere que la majorite des gens percevront le cynisme de la demarche.
La triste conclusion, c’est qu’ils ont fait ça pour faire chier les féministes (ils l’ont dit eux même), et faire le buzz (ça c’est pas difficile à deviner). Les 2 buts ont été atteints. Pleurons ensemble, amis humanistes.

M.

*(ou plutôt, je pense que la prostitution ne devrait pas exister, en tout cas pas en tant que marché, mais je ne sais pas comment y arriver à partir de l’état actuel des choses sans nuire aux travailleur-euses du sexe)

PS: Pour un peu d’espoir : http://zeromacho.wordpress.com/2013/10/30/1881-hommes-contre-la-prostitution/

Quand ils dépassent les bornes


Plusieurs affaires récentes mettent sur la table la question du harcèlement à l’université. C’est l’occasion pour réfléchir (un peu) aux contextes qui favorisent ces abus.
Un peu partout dans le monde
En France, un rapport du Sénatélégamment intitulé « A la recherche d’un nouvel équilibre hommes-femmes dans l’enseignement supérieur et la recherche » aborde dans son dernier chapitre la question du harcèlement et des violences sexuelles. Selon ce rapport elles sont favorisées au moment du doctorat, par le face à face souvent solitaire entre l’étudiant(e) et son directeur. Dans le Figaro étudiant (qui oublie, moins élégamment, le E au prénom de l’auteure du rapport), Françoise Laborde,  on s’interroge sur la possible spécificité française de ces débordements d’affection mal placée, en se référant à la figure classique de Don Juan, qui revient sur le tapis dès qu’une femme se fait  trousser sans lui demander la permission dans nos contrées latines. Au même moment de l’autre côté de l’Atlantique, un philosophe très reconnu se voit obligé de démissionner, accusé de harcèlement par une de ses élèves. S’est-il fait prendre la main dans le sac (ou dans le pantalon) d’une excessive prévenance ou bien s’agit-il d’un malentendu comme il l’affirme maladroitement ? En tout cas l’étudiante a porté plainte, et il a démissionné, deux étapes qui sont peut-être moins souvent atteintes de ce côté-ci de l’Atlantique quand les professeurs dépassent les bornes.
Dans le même registre, paraissait il y a quelques mois un livre d’un auteur camerounais, intitulé Harcèlement sexuel et déontologie en milieu universitaire. Lors d’une émission à son propos sur RFI[1] la présentatrice soulignait que dans des pays où la scolarisation des filles est encore relativement faible, et les enseignants en grande majorité des hommes peu habitués encore à avoir des élèves féminines, les tensions entre professeurs et élèvEs sont particulièrement fortes, et les règles de déontologie encore à normaliser.  Ainsi parmi les auditeurs qui appellent, des professeurs estimaient que si les élèvEs faisaient du chantage (en offrant du sexe contre de bonnes notes), c’était de leur responsabilité d’enseignant de leur résister… comique retournement des rôles.
Entre Vaudeville et abus de pouvoir
Pourquoi plus souvent, peut-être, que dans d’autres milieux, les étudiantes se retrouve-t-elles en face d’hommes aux humeurs lubriques mal contrôlées dans les salles de réunion de nos laboratoires ? On ne peut pas nier que le monde de la recherche (comme celui de l’art) est un univers de séduction, de personnes qui se domptent, s’affrontent, se charment en même temps qu’elles tâchent de faire gagner leurs idées. Séduire pour déstabiliser l’adversaire. Séduire, aussi, pour se faire des alliés, pour installer des collaborations, qu’elles soient entre pairs pour monter un projet – ou entre maitre et élèves ; pour bien travailler ensemble il faut se plaire (intellectuellement parlant).  Séduire… ses lecteurs.  Séduction intellectuelle. La recherche est un monde dont la séduction – au sens large, s’entend, et pas au sens étroitement sexuel) n’est certainement pas absente. Ce contexte, donc, favorise les « dérapages » (Doux euphémisme …  « pardon mademoiselle, ma main a glissé »).
Pour prendre du champ, testons d’autres configurations. Je connais un professeur d’université qui  tombe amoureux de ses stagiaires et leur écrit, parfois, des lettres éperdues de romantisme. Certes il change de muse chaque année mais ses sentiments semblent sincères. J’en connais un autre qui a quitté sa femme pour l’une de ses étudiantes, de vingt-cinq ans sa cadette[2]. Ainsi, des sentiments authentiques existent, des relations de cul et de cœur librement consenties se nouent aussi entre personnes d’âge et de statut très asymétriques où le pouvoir rentre peut-être pour une partie en compte, sans que cela annule la valeur des attirances. Cela arrive aussi… et pourtant.
Et pourtant ! Pourquoi les relations entre professeurs (n.m.) et élèves (n.f.) mènent-elle plus souvent que d’autres à des situations qu’on est en droit de qualifier de harcèlement ? Parce qu’au-delà de la diversité et de la complexité des situations de séduction, quand la relation est asymétrique, la responsabilité est du côté de celui qui tient la position sociale la plus forte, car il a un pouvoir sur l’autre dont il peut abuser, si aucune règle morale ou légale ne l’en empêche. Or, au-delà du rapport de pouvoir qui a toujours  existé entre un(e) professeur et son élève, aujourd’hui que les femmes entreprennent (enfin ! voir l’article « Femmes savantes » sur ce même blog) des carrières intellectuelles, une deuxième asymétrie vient se superposer à la première : celle du rapport de domination qui existe, encore, entre les hommes et les femmes.

Y.




[1] 7 milliards de Voisins, le 18 Juin 2013. Présentation du livre de Jean-Emmanuel Pondi professeur de Sciences politiques et Institut Relations Internationales Camerounais. Harcèlement sexuel et déontologie en milieu universitaire. (Yaoundé, clé Editions)
[2] Non sans en avoir peloté un certain nombre d’autres élèves les années précédentes, sans toujours leur demander la permission, mais ça, c’est une autre histoire
 
PS: Un bon article de nature sur le sujet ici
P.

Témoignage

Il y a des chercheurs qui ne prennent que des filles en stage en thèse : j’en connais un pour qui « Ca fait  bien plus joli dans le paysage ». réaction de base  : « Oooooooh le vieux macho dégueulasse » J’en connais un autre pour qui les filles travaillent plus proprement ». réaction de base : « Ah bah pour une fois qu’il y en a un qui préfère les filles pour  autre chose que pour leurs fesses… » ……… Euh attends je réfléchis. Non mais en fait, mais non quoi ! Négatif ou positif, un préjugé sexiste reste un préjugé !

Témoignage

Une stagiaire fraichement sortie de master postule à un stage au labo. Réaction: « Ouais je sais pas trop si celle-là je vais la prendre en stage, elle a un bon dossier et elle l’air bien, mais je la vois pas trop aller sur le terrain, trop féminine. » Wtf?